Banques centrales : la prochaine grande étape de la politique monétaire

Post with image
Veuillez noter que le présent article peut contenir du langage technique. Pour cette raison, il est déconseillé aux lecteurs qui ne disposent pas d’une expérience professionnelle de l’investissement.

Les investisseurs commencent peu à peu à se demander si les banques centrales ne seraient pas tombées à court de munitions. Ils doutent en effet de plus en plus de l’efficacité d’une nouvelle vague de rachats d’actifs et craignent que de nouvelles baisses des taux en territoire négatif s’avèrent contre-productives. Il est temps à présent de trouver d’autres moyens de stimuler l’économie. 

Vous seriez surpris d’apprendre qu’une redéfinition complète des « indications prévisionnelles » pourrait être la solution. De nombreux investisseurs rejettent la récente habitude des banquiers centraux à évoquer comme une évidence les décisions qu’ils pourraient prendre dans le futur, c.-à-d. augmenter les taux une fois certains que l’inflation se réaligne sur l’objectif fixé. La redéfinition complète des indications prévisionnelles suggère une approche tout à fait différente, à savoir un changement fondamental de la stratégie monétaire.

L’absence d’inflation est jugée aussi néfaste qu’une inflation trop élevée. Une période prolongée d’inflation faible, voire nulle ou négative est présumée coûter très cher à la société. Pour calculer ce coût, il convient d’évaluer dans quelle mesure le niveau des prix s’est écarté de l’évolution qu’il aurait suivi si la banque centrale avait atteint son objectif. Les dirigeants monétaires s’efforceront d’éviter cette situation en assouplissant préventivement leur politique en réponse aux chocs, mais s’efforceront simplement de ramener l’inflation à l’objectif en cas de déflation. En ce qui concerne le niveau des prix, mieux vaut oublier le passé, car il restera définitivement inférieur au niveau qu’il aurait pu atteindre. Ce raisonnement constitue le point de départ en vue d’une redéfinition complète des indications prévisionnelles.

Plutôt que de simplement s’efforcer d’atteindre leur objectif d’inflation, les dirigeants monétaires pourraient tenter de compenser leur défaillance passé en ramenant le niveau des prix vers sa trajectoire d’avant la crise. Cependant, afin de corriger ses erreurs passées, la banque centrale devra à l’avenir systématiquement dépasser l’objectif d’inflation. Moins elle l’aura réalisé dans le passé, le présent et le futur proche, plus elle devra le dépasser dans un futur plus lointain. Dans la pratique, l’objectif d’inflation sera temporairement suspendu et un objectif d’évolution du niveau des prix sera mis en place. Pour y arriver, la politique monétaire devra s’assouplir pendant plus longtemps, ce qui devrait entraîner dans l’immédiat un assouplissement des conditions monétaires, car les investisseurs anticiperaient un recul des taux d’intérêt réels dans le futur.

Malheureusement, la mise en oeuvre d’une trajectoire cible du niveau des prix pose problème et ce pour deux raisons :

(i) Premièrement, les investisseurs pourraient douter de la parole de la banque centrale à rester souple une fois l’inflation en ligne avec l’objectif et estimer qu’elle pourrait trouver une excuse pour se rétracter et adopter de nouveau une attitude conforme à l’objectif d’inflation une fois passé le risque de déflation.

(ii) Deuxièmement, certains investisseurs pourraient remettre en question la capacité de la banque centrale à parvenir à dépasser l’objectif d’inflation étant donné la faiblesse persistante de celle-ci. Si les investisseurs estiment ce dépassement improbable, pour l’une ou l’autre de ces deux raisons, ou les deux, les indications prévisionnelles seront inefficaces : les conditions monétaires ne s’assoupliront pas aujourd’hui.

Le mieux que la banque centrale puisse faire pour résoudre le premier obstacele est de publier un objectif explicite d’augmentation du niveau des prix (ou peut-être le niveau du PIB nominal) et de s’engager formellement à respecter cet objectif. La solution au second problème serait d’annoncer un assouplissement majeur et  convaincre les investisseurs qu’elle mettra tout en œuvre pour atteindre l’objectif.

Ce débat dépasse largement le cadre théorique. Le principe de chercher à dépasser l’objectif est mentionné dans les comptes de la dernière réunion de la BCE (du mois de décembre 2015). Après tout, les dernières projections de la BCE indiquent un retard cumulé significatif du niveau des prix d’ici à fin 2018 (cf. graphique 1). Cependant, le fossé est large entre le simple projet de dépassement de l’objectif et l’engagement effectif à y parvenir avec l’annonce de mesures de soutien massives pour y arriver. Il est dès lors probablement trop tôt pour que le Conseil prenne un tel engagement dès sa prochaine réunion (le 10 mars 2015 à Frankfurt). Toutefois, si la situation continue de se détériorer, il pourrait bien se faire à cette idée, comme lorsqu’il a envisagé de lancer un programme d’assouplissement quantitatif (QE). Dans le cas où  cette stratégie serait adoptée, il sera primordial qu’elle soit soutenue par l’ensemble de l’Eurosystème (y compris la Bundesbank). Après tout, cette stratégie sera véritablement mise à l’épreuve lorsqu’il faudra décider de la marche à suivre une fois l’objectif d’inflation dépassé, et d’ici là, un nouveau président sera à la barre. De toute évidence, la banque centrale qui s’engage à dépasser l’objectif et parvient à des résultats tangibles, en rehaussant notamment les prévisions d’inflation, incitera probablement les autres à lui emboîter le pas.

Graphique 1 : d’après les dernières projections macroéconomiques de la BCE pour la zone euro (du mois de décembre 2015), le taux d’inflation (la variation annuelle en pourcentage) n’atteindra pas l’objectif de « au-dessous, mais à un niveau proche de 2 %, sur le moyen terme » d’ici la fin de l’année 2018

FFTW 2302

BCE

Richard Barwell

Senior Economist

Leave a reply

Your email adress will not be published. Required fields are marked*