Croissance économique au Royaume-Uni en 2016 : les reprises meurent rarement de causes naturelles

Post with image

Les cycles économiques, comme les « marchés haussiers, naissent dans le pessimisme, se développent dans le scepticisme, mûrissent dans l’optimisme et meurent dans l’euphorie.« 

tiré d’une citation de Sir John Templeton

[divider] [/divider]

Il semble que la reprise économique s’essouffle au Royaume-Uni. Depuis début 2013, le pays enregistrait un taux de croissance impressionnant, du moins au regard de la progression anémique des autres nations du G7. Toutefois, les dernières statistiques laissent entendre que la croissance économique ralentit, ce que nous allons tenter d’expliquer ici.

Les faits sont exposés dans le dernier Rapport d’inflation de la Banque d’Angleterre (BoE) : la croissance trimestrielle a ralenti, passant de 0,6 % au 4e trimestre 2015 à 0,4 % au 1er trimestre 2016. La BoE s’attend à un nouveau fléchissement au 2e trimestre à 0,3 %. Un constat corroboré par les enquêtes de conjoncture, avec un PMI dans le secteur des services en baisse de 1,5 point à 52,3 en avril, son plus bas niveau depuis février 2013. Et cela ne s’arrête pas aux données relatives à l’activité.

Graphique 1 : L’estimation préliminaire de la croissance du PIB britannique a montré que l’économie a perdu son élan au premier trimestre 2016 (le graphique montre l’évolution du PIB trimestriel et annuel au Royaume-Uni pour la période allant de 2007 jusqu’au premier trimestre 2016).

UK GDP

Source: Bloomberg, 20 mai 2016.

Ainsi le Rapport de la BoE montre que les projets d’investissement diminuent, tout comme la demande de crédit bancaire des grandes entreprises, tandis que la croissance de l’emploi a nettement ralenti et que les transactions immobilières commerciales ont subi « une baisse notable ».

Première explication possible au fléchissement apparent de la demande : l’illusion d’optique. Les statisticiens britanniques publient leurs premières estimations du niveau d’activité quelques semaines après la fin de chaque trimestre, puis ils reçoivent de nouvelles informations sur le niveau de production, les revenus et les dépenses, qui leur permettent d’affiner leurs estimations. Il est déjà arrivé que le profil de croissance dépeint par les premières estimations soit sensiblement révisé à la réception de nouvelles données. Dans ce cas précis, la Banque d’Angleterre s’attend à ce que les statistiques à terme reflètent un ralentissement plus modéré entre le 4e trimestre 2015 et le 1er trimestre 2016. Son rapport insiste particulièrement sur la possibilité d’une révision dans le secteur de la construction, mais quoi qu’il en soit, le fléchissement de la demande depuis la fin 2015 semble quand même évident.

Ceux qui ont un raisonnement statistique ne sont peut-être pas surpris. Il suffit d’un rapide coup d’œil aux statistiques pour voir que les périodes ininterrompues de croissance robuste ne sont pas éternelles ; tôt ou tard, chaque phase d’expansion du cycle est appelée à prendre fin. De fait, beaucoup d’investisseurs pensent que les États-Unis et le Royaume-Uni sont depuis longtemps dans le stade mature de leur reprise cyclique, et qu’à ce titre, ils ne peuvent échapper à une récession (ou, tout au moins, à une interruption temporaire de leur phase de croissance). Si l’on se place de ce point de vue, le ralentissement de la croissance britannique n’a rien d’énigmatique. Au contraire, il paraît être dans l’ordre des choses.

D’autres économistes doutent que la reprise puisse s’éteindre de manière naturelle et recherchent un facteur de cause à effet (un coupable) dans la situation actuelle. Et pour de nombreux observateurs, le coupable est tout trouvé : les banquiers centraux. Juste après une récession profonde, les banques centrales doivent maintenir les taux d’intérêt suffisamment bas pour engendrer une croissance de la demande supérieure au potentiel et éliminer les capacités de production inutilisées. Puis, quand l’économie est de nouveau sur les rails, la politique monétaire doit être normalisée et faire ralentir la croissance de la demande, afin que celle-ci corresponde au rythme de l’expansion économique. De même, dans la phase opposée du cycle économique, les banques centrales doivent durcir leur politique de manière à obtenir une croissance inférieure à son potentiel, ce qui peut même impliquer une contraction de la production.

Le hic, si l’on doit prononcer le décès de la reprise par des causes naturelles, c’est qu’il n’y a pas eu de resserrement monétaire progressif visant à contenir une croissance supérieure au potentiel. La Banque d’Angleterre maintient ses taux et son dispositif d’assouplissement quantitatif, et le marché repousse sans cesse ses attentes en matière de hausses de taux et d’ampleur d’un éventuel cycle de relèvement des taux. À cela s’ajoute le fait que la Banque centrale européenne contribue de facto à un assouplissement supplémentaire des conditions monétaires en sterling par les effets de propagation de son programme d’achat d’actifs.

On peut aussi chercher une explication au ralentissement de l’économie dans les chocs, à savoir des événements qui affectent la demande, au Royaume-Uni et à l’étranger. Ici le coupable évident est une économie mondiale en quasi-anémie, qui renforce chaque jour la dépendance du PIB britannique envers la résistance de la demande intérieure : en effet, si la croissance des revenus à l’étranger avait été plus forte, le solde net des échanges commerciaux n’aurait peut-être pas pesé sur la croissance au second semestre 2015. Il est également possible de blâmer la vigueur de la livre sterling, qui jusqu’à récemment freinait la demande étrangère en produits et services britanniques, notamment dans le secteur manufacturier, tout en dopant la demande du Royaume-Uni pour les importations.

La baisse des cours pétroliers a certainement aussi contribué au ralentissement de la croissance britannique, car si les ménages ont pu bénéficier d’un élan appréciable en termes de revenu disponible, soutenant la consommation, dans le même temps la faiblesse des prix su pétrole a pesé sur les investissements du secteur de l’extraction. Il est difficile de savoir exactement comment les ménages ont dépensé les sommes économisées grâce au repli des cours pétroliers ; en revanche, les statistiques des dépenses d’investissement des entreprises sont plus révélatrices. On y voit que les investissements dans l’extraction ont chuté de près de 40 % pendant les douze mois précédant le 4e trimestre 2015, coûtant 3,5 % à la croissance globale des investissements des entreprises.

Enfin, un dernier facteur à l’échelon national contribue aussi probablement au ralentissement de l’économie. Le Rapport d’inflation détaille l’impact des incertitudes du référendum sur l’appartenance à l’UE au niveau des perspectives économiques. Il souligne ainsi qu’un degré élevé d’incertitude peut affaiblir la demande à travers de nombreux canaux : directement, via une augmentation de l’épargne de précaution et un report des projets d’investissement, mais aussi indirectement via un durcissement des conditions financières, lié à l’accroissement des primes de risque.

Richard Barwell

Senior Economist

Laisser un commentaire

Your email adress will not be published. Required fields are marked*