Une émission de téléréalité version Fed ?

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La pénurie d’actualité économique la semaine dernière a amené les acteurs du marché à reporter leur attention sur une version de la téléréalité mise en scène par la Réserve fédérale (Fed) et rassemblant un large panel de célébrités autour du thème de la politique monétaire. La publication du compte-rendu de la réunion du Comité fédéral de l’open market (FOMC) a donné lieu à de multiples commentaires et mis au jour les dissensions croissantes au sein du comité.

« Certains propos » du compte-rendu citaient la poursuite de l’amélioration du marché de l’emploi, la stabilisation des prix pétroliers et le raffermissement de l’inflation comme arguments en faveur d’une continuatino de la hausse des taux comme prévu. Certains « participants » étaient favorables à un maintien de la normalisation monétaire, suggérant même un tour de vis en avril compte tenu de la relative bonne santé de l’économie domestique malgré l’évolution financière et économique mondiale. La présidente de la Fed à Kansas City, Esther George, la seule à émettre un avis différent lors de la réunion de mars, était prête à relever les taux. Elle privilégierait « une lente suppression des mesures de soutien » pour réduire le risque de bulles, déclarant que la Fed était en train de « tenter le destin » en conservant des conditions monétaires aussi accommodantes. Généralement considéré comme très modéré en matière de relèvement des taux, le président de la Fed de Boston, Eric Rosengren, est intervenu en indiquant à son tour que les États-Unis « avaient très bien résisté aux chocs extérieurs » et qu’il serait « opportun de reprendre la voie d’un durcissement progressif plus tôt que le suggèrent les contrats à terme ».

Cependant, contrairement aux commentaires ci-dessus, « bon nombre » d’autres participants ont exprimé leur inquiétude en soulignant que la situation financière mondiale posait toujours « des risques baissiers significatifs pour les perspectives économiques du pays ». Un rapide coup d’œil aux nouveaux « points » ou à la Synthèse des prévisions économiques permet d’observer un rapprochement des points de vue du comité pour les taux de 2016 et 2017 (cf. graphique 1). Le président de la Fed de New York, William Dudley, a résumé le point de vue du consensus en soulignant que compte tenu de « l’incertitude accrue » concernant les perspectives de croissance économique à l’étranger, il faudrait prendre le temps d’évaluer « comment elles influenceront les perspectives économiques des États-Unis », tout en recommandant d’adopter « une approche prudente et progressive pour la hausse des taux d’intérêt ». Dans son discours, la présidente Janet Yellen a aussi mis l’accent sur les risques baissiers induits par des facteurs mondiaux en indiquant « qu’il serait possible d’augmenter les taux si l’économie se révélait plus forte que prévu, tandis qu’il serait moins aisé de les abaisser si la croissance venait à faiblir ». Elle a aussi privilégié la prudence en soulignant la « proximité du plancher zéro pour les taux d’intérêt » et l’asymétrie des risques. Pour convaincre définitivement les plus sceptiques, elle a précisé que le taux d’inflation cible de 2 % du FOMC était un « objectif et non un plafond ».

Graphique 1 : le graphique à points du FOMC révèle un rapprochement des points de vue pour les perspectives de taux en 2016/2017

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Source : FOMC, Business Insider

La rencontre unique entre les présidents de la Fed de ces 37 dernières années, à savoir Janet Yellen, Ben Bernanke, Alan Greenspan et Paul Volcker a aussi contribué à apporter du poids à cette production télévisée. La présidente Janet Yellen bénéficiait de toute évidence de leur soutien alors que le groupe s’accordait généralement sur le fait que l’économie se portait bien, que le risque de récession était faible et que la politique budgétaire devait jouer un rôle plus important dans la promotion de la croissance.

En fin de semaine, les acteurs du marché ont eu dans l’ensemble l’impression d’avoir eu une indigestion de téléréalité : l’émission était certes distrayante par moments et ils ont pu en retirer quelques informations intéressantes, mais globalement ils se sont  sentis surexposés et auraient finalement préféré changer de chaîne.

 

Rena Walsh

Head of Money Markets at FFTW

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