Brexit : Quelles conséquences économiques ?

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L’économie britannique va probablement ralentir au cours des prochains mois. Une récession n’est pas inévitable mais reste plausible. À court terme, la principale inquiétude est le choc subi par ce que l’on peut appeler « l’esprit animal » (comportement psychologique des acteurs économiques). Le pessimisme croissant des ménages et des entreprises à l’égard de leurs perspectives va entraîner un ralentissement de la consommation et de l’investissement.

En outre, les incertitudes concernant l’avenir, et en particulier la crainte d’une détérioration de l’économie, vont augmenter, avec pour effet de plomber davantage les dépenses. L’épargne de précaution augmentera, les ménages constituant une réserve d’actifs liquides pour se prémunir contre les chocs potentiels sur leur revenu disponible. Les dépenses en biens durables semblent particulièrement vulnérables. De même, le taux de rendement minimal exigé par les investisseurs est susceptible d’augmenter de manière significative : toute dépense d’investissement qui peut être reportée à court terme le sera probablement jusqu’à ce que les entreprises aient plus de visibilité sur les perspectives.

Ces effets sont susceptibles d’être particulièrement prononcés dans le cas des entreprises qui envisagent des investissements étrangers au Royaume-Uni ou des entreprises britanniques qui exportent une part importante de leur production vers l’Union Européenne.
En revanche, la forte dépréciation de la livre devrait contribuer à amortir le choc sur la demande.

Graphique 1 : la forte dépréciation de la livre depuis le résultat du référendum au Royaume-Uni du 24 Juin 2016

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Source: Bloomberg, BNPP IP au 29/07/16

Les ménages et les entreprises britanniques devraient se détourner des importations devenues plus coûteuses et les ménages et les entreprises du reste du monde devraient s’intéresser aux exportations britanniques moins chères. Cependant, l’expérience passée montre que l’impulsion des « échanges nets » peut mettre un certain temps à se matérialiser, sauf peut-être dans le secteur du tourisme. Les ménages britanniques auront probablement du mal à remplacer des importations plus chères s’il existe peu d’alternatives produites localement. Les entreprises britanniques peuvent ne pas réduire leurs prix à l’étranger pour accroître leur chiffre d’affaires, décidant de profiter de la dépréciation de la monnaie pour améliorer leurs marges bénéficiaires. En effet, les entreprises britanniques pourraient avoir beaucoup de difficultés à augmenter leur part de marché sur les marchés mondiaux en attirant de nouveaux clients compte tenu des incertitudes autour des accords commerciaux.

À plus long terme, les conséquences économiques du Brexit dépendront de l’issue des négociations.

Si l’on aboutit au scénario « out, out », il paraît probable que la mise en place d’entraves au commerce avec les principaux partenaires européens du Royaume-Uni aura un impact persistant et important sur les flux commerciaux avec l’Europe (sans raison convaincante de supposer que les barrières commerciales avec le reste du monde disparaîtront), ce qui découragera les investissements étrangers directs (IED) au Royaume-Uni. En économie, ces deux facteurs annoncent un coup de frein durable du PIB britannique. Le commerce international est censé favoriser une affectation plus efficace du travail et du capital entre les pays (chacun se concentrant sur ce qu’il produit le mieux) et, au-delà de leur contribution au stock de capital, les IED contribuent à faciliter l’adoption de nouvelles technologies et de nouvelles idées. Enfin, une réduction de l’afflux net de migrants implique également une croissance plus faible de la population en âge de travailler, et donc de la capacité économique du Royaume-Uni.

La réponse en termes de politiques intérieures

Un choc de l’envergure du Brexit appelle une réponse en termes de politiques. La Banque d’Angleterre a déjà réagi en s’annonçant prête à fournir de la liquidité aux banques britanniques si celles-ci en ont besoin. Le Comité de politique financière (FPC) a provisoirement réduit les exigences de fonds propres des banques britanniques dans un effort visant à minimiser toute réduction de l’offre de crédit aux ménages et aux entreprises. Le Gouverneur de la Banque d’Angleterre a signalé que le Comité de politique monétaire était prêt à prendre des mesures de relance monétaire au cours des prochains mois.

À terme, il est probable que le taux directeur sera abaissé à près de zéro, voire en territoire négatif dans le scénario le plus défavorable. Le Comité de politique monétaire pourrait également réactiver son programme d’assouplissement quantitatif, la Banque faisant tourner la planche à billets pour acheter des obligations d’État (et éventuellement des obligations d’entreprises), ou étendre son programme Funding for Lending, dans le cadre duquel les banques reçoivent des financements à long terme bon marché si elles prêtent davantage aux ménages et aux entreprises britanniques. Dans la pratique, la Banque actionnera probablement plusieurs de ces leviers et elle devrait annoncer une série de mesures lors de la réunion d’août 2016. L’ampleur de ses efforts dépendra de deux facteurs : l’importance des effets du Brexit sur l’activité et la mesure dans laquelle l’inflation dépassera l’objectif sous l’effet de la forte dépréciation de la livre.

Au stade actuel, la Banque semble déterminée à déployer les grands moyens : son économiste en chef a récemment déclaré préférer utiliser un marteau de forgeron pour casser une noix plutôt qu’un marteau miniature pour creuser un tunnel afin de s’évader de prison – bien qu’il faille remarquer qu’en juillet il a voté en faveur du maintien de taux d’intérêt inchangés. En tout état de cause, il est important de garder à l’esprit que la politique monétaire ne pourra seulement atténuer qu’une partie de la douleur cyclique qui sera ressentie durant la transition vers le nouvel état de stabilité de l’économie britannique. La Banque n’est en effet guère en mesure de réparer les dommages structurels causés par le Brexit.

On peut aussi probablement s’attendre à une réponse budgétaire. Le Brexit est susceptible de conduire à une détérioration cyclique des finances publiques ainsi qu’à une détérioration structurelle dans le cas de l’option « out, out ».En théorie, ces mauvaises nouvelles appelleront à un renforcement plutôt qu’à un assouplissement de l’austérité, si les règles fiscales actuelles doivent être respectées. Toutefois, il semble probable que le gouvernement ne visera pas un excédent en 2019-20. Les efforts supplémentaires d’assainissement pourront être différés, et de nouvelles mesures de relance ne sont pas exclues.Les investisseurs vont devoir absorber un volume nettement plus élevé d’émission de Gilts.

Les citoyens se sont exprimés, mais les conséquences macroéconomiques commencent seulement à se faire sentir. À court terme, la montée des incertitudes devrait peser sur la demande et pourrait conduire l’économie vers la récession, mais c’est la nature de l’accord définitif entre le Royaume-Uni et l’UE qui déterminera l’impact du Brexit sur le long terme.

La Banque d’Angleterre fera ce qu’elle peut pour amortir le choc mais est mal armée pour neutraliser les dommages structurels pour l’économie, lesquels dépendront essentiellement de la mesure dans laquelle le Brexit conduit à la mise en place d’entraves au commerce avec les principaux partenaires commerciaux du Royaume-Uni. [divider] [/divider]

Cet article a été écrit par Richard Barwell, le 1 Juillet 2016 à Londres

Richard Barwell

Senior Economist

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