Brexit : Quels scénarios de sortie ?

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Le 23 juin, les Britanniques ont voté en faveur d’une sortie de l’Union européenne (UE). Il faudra plusieurs années, voire plusieurs décennies, pour connaître toutes les conséquences de ce choix. À ce jour, il n’est d’ailleurs même pas certain que le Brexit ait lieu puisque, en théorie, le Royaume-Uni pourrait finir par rester dans l’UE. Toutefois, comme les marchés ne peuvent pas attendre que toutes les incertitudes soient levées, les cours ont déjà commencé à intégrer la nouvelle réalité économique et politique.

Aussi nous nous intéresserons ici aux ramifications probables du Brexit au niveau domestique. S’il y aura certainement des conséquences économiques et politiques, favorables et défavorables, pour les autres pays européens, nous ne les abordons pas dans cet article. Enfin, soulignons que l’article ne fournit pas d’opinion sur le Brexit : les Britanniques se sont déjà prononcés sur la question, du moins pour le moment.

Issues potentielles

De nos jours, le « spoiler » est l’une des plaies de nos sociétés modernes. Ceux qui enregistrent leur série préférée avec l’intention de la regarder plus tard craignent toujours de voir leur plaisir gâché par quelque ami bien intentionné qui dévoilerait par maladresse le dénouement de l’épisode. Dans le cas du Brexit, c’est exactement l’inverse. Pour déterminer ce que le vote signifie pour l’économie ou les prix des actifs sur le long terme, il faut d’abord savoir à quoi ressemblera l’accord final entre le Royaume-Uni et l’UE. Bien qu’il existe un nombre presque infini de possibilités, nous nous concentrons sur trois différents scénarios.

Option 1 : Remain

La première option est le « Remain » – rester dans l’UE malgré l’issue du référendum. La voie la plus plausible vers ce scénario serait un second référendum. Pour en arriver là, il faudrait probablement un grand nombre de pressions économiques, politiques et démocratiques sur le gouvernement qui se traduiraient par un un impact clairement négatif sur le niveau de vie des électeurs suite au premier vote, des partis d’opposition capables de faire pression sur le gouvernement et uneopinion publique clairement favorable à un second vote. Ce scénario sera de moins en moins probable une fois que le Royaume-Uni activera l’article 50 et que les négociations officielles seront entamées, même si en théorie le Royaume-Uni pourra encore changer d’avis par la suite.

Option 2 : L’Espace Economique Européen (EEE)

La deuxième option est celle de la Norvège : le Royaume-Uni choisit de quitter l’Union Européenne tout en restant dans l’Espace Economique Européen (EEE). Cette option permettrait au Royaume-Uni de conserver un accès quasi total (mais pas entièrement) au marché unique, de négocier ses propres accords commerciaux avec les pays du reste du monde et de retrouver sa souveraineté dans quelques domaines clés (agriculture, pêche). Cependant, la contrepartie de l’option norvégienne est que le Royaume-Uni devrait accepter une quasi totale liberté de circulation des travailleurs à travers ses frontières, continuerait à contribuer financièrement (bien que dans une moindre mesure) au budget de l’UE et devrait accepter la réglementation européenne sans pouvoir influer de manière significative sur la façon dont celle-ci est calibrée.

Option 2 : Ni UE, Ni EEE

La troisième option est la sortie complète : le Royaume-Uni ne fait plus partie de l’UE ni de l’EEE. Dans ce scénario, le Royaume-Uni regagne le contrôle sur le flux de migrants en provenance de l’UE mais perd son accès privilégié au marché unique et doit donc négocier un nouvel accord de libre-échange avec l’UE. Il est impossible de savoir avec certitude à quoi ressemblera ce nouvel accord et de quelles conditions il sera assorti, mais il semble probable que le Royaume-Uni devra se plier à certaines concessions. Pour commencer, si l’UE autorise le Royaume-Uni à continuer de bénéficier des avantages liés l’adhésion à l’UE (libre circulation des biens et des services) sans devoir continuer à payer ce qui est considéré par certains comme le principal coût (libre circulation des personnes), cela pourrait s’avérer problématique et inciter d’autres membres à s’interroger sur le bien-fondé de leur adhésion au club. Ensuite, même si le Royaume-Uni parvient à un accord aussi favorable avec les principaux acteurs politiques européens, cet accord devra encore être ratifié par chaque parlement national de l’UE.

Une issue incertaine

L’accord définitif ne sera pas connu avec certitude avant un certain temps. Le Royaume-Uni a une nouvelle première ministre, Theresa May, qui, bien qu’elle ait soutenu l’option « Remain » lors de la campagne du référendum, a fermement déclaré respecter le choix des électeurs – « Brexit means Brexit », selon ses propres termes. Toutefois, elle ne semble pas particulièrement pressée de sortir le Royaume-Uni de l’UE. Elle a en effet signalé qu’elle n’avait pas l’intention d’entamer les négociations officielles de sortie de l’UE (en vertu de l’article 50 du Traité) avant la fin de l’année et qu’elle préfèrerait entamer un processus de négociations informelles avec les partenaires européens du Royaume-Uni. En revanche, les instances politiques européennes semblent peu enthousiastes face à la perspective d’une temporisation : le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, insiste sur le fait qu’il ne peut y avoir aucune négociation informelle sans notification officielle de sortie.

Une fois l’article 50 activé, il y a une fenêtre de deux ans durant laquelle le Royaume-Uni et l’UE peuvent négocier les conditions de la séparation. Cette négociation porte sur des aspects techniques importants – par exemple, la réduction progressive des obligations en matière de dépenses et de financement, la participation politique du Royaume-Uni aux institutions européennes et les droits des citoyens britanniques et européens. Elle ne doit pas être confondue avec la discussion ultérieure sur les futurs accords commerciaux du Royaume-Uni avec l’UE – que le Royaume-Uni opte pour le scénario de la Norvège ou pour une sortie totale – qui pourra être beaucoup plus lente à aboutir à un accord et à être ratifiée. Une différence majeure entre ces deux processus est que le premier est régi par un vote à la majorité qualifiée, tandis que le second nécessitera probablement le soutien unanime de tous les États membres de l’UE. [divider] [/divider]

 Cet article a été écrit par Richard Barwell, le 1 Juillet 2016 à Londres

Richard Barwell

Senior Economist

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