Commerce mondial : aucune amélioration en vue

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Depuis début 2017, les marchés financiers se sont polarisés sur les aspects positifs attendus de la nouvelle administration américaine, notamment les baisses d’impôts, le rapatriement des bénéfices stockés à l’étranger et l’allègement de la réglementation. Ces mesures ont à présent été intégrées dans les cours selon nous. Cependant, l’incertitude politique continue de régner. Dans son discours d’investiture, le président Trump n’a pas présenté de programme économique cohésif et exprime des opinions clairement divergentes de celles du Congrès à majorité républicaine.

Par conséquent, le commerce mondial, déjà malmené, pourrait connaître de nouvelles pressions. Étant donné que l’essentiel des nouvelles positives a été intégré et compte tenu des risques baissiers, nous restons prudents. Nous avons mis en place une sous-pondération des obligations d’entreprise à haut rendement américaines face aux liquidités au sein de nos portefeuilles, car les fondamentaux de la classe d’actifs se sont détériorés et les spreads de risque se sont resserrés.

Le commerce mondial sous pression

Depuis la Grande Crise financière de 2008-2009, le commerce mondial connaît une croissance anémique par rapport au PIB. Selon le Fonds monétaire international (FMI), cette situation est principalement due à la faiblesse de l’activité économique, en particulier l’investissement des entreprises, ainsi que, dans une moindre mesure à la perte de vitesse de la libéralisation des échanges, à la montée des risques politiques et à la décélération – voire l’inversion occasionnelle – de la mondialisation. Nous ajouterions deux facteurs : la moindre disponibilité de crédits commerciaux liée à la réglementation financière et la baisse de compétitivité de la Chine consécutive à la hausse des salaires. En conséquence, la part du commerce international dans le PIB mondial a cessé d’augmenter.

Graphique 1 : évolution des importations réelles mondiales et du PIB mondial (% en glissement annuel) entre 1960 et 2016

commerce mondialSource: IMF, BNP Paribas Investment Partners, situation au 23/01/17

Il est peu probable que le commerce mondial contribue davantage au PIB mondial dans l’immédiat selon nous. L’atonie de l’investissement productif est un phénomène véritablement généralisé. Le nombre de mesures restrictives envers le commerce mondial a régulièrement augmenté au cours des dernières années. Et les tendances protectionnistes du Président Trump ne devraient pas arranger les choses. Faire pression sur les entreprises pour qu’elles investissent aux États-Unis plutôt qu’à l’étranger pourrait soutenir l’emploi local, mais le corollaire serait une augmentation des prix pour les consommateurs américains. Ce développement accentuerait le ralentissement de la mondialisation. L’instauration de taxes sur les importations ou d’un système de taxes aux frontières pour les entreprises, qui exempterait les exportations et ne comptabiliserait plus les importations en charges déductibles, restreindrait davantage les échanges mondiaux. Il existe clairement un risque de riposte d’autres pays.

Impact du Brexit sur le commerce

En Europe, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (« Brexit ») constitue un autre risque pour le commerce. Lors d’un discours majeur le 17/01/2017, la Première ministre britannique, Theresa May, a évoqué un « Brexit dur », donnant au Royaume-Uni un contrôle total de l’immigration et le retirant de la juridiction de la Cour de justice de l’UE. En contrepartie, le pays perdrait son accès au marché unique. Si le Royaume-Uni a la possibilité de négocier des accords commerciaux avec d’autres pays, sujet qui sera apparemment abordé lors de la rencontre entre Theresa May et Donald Trump le 27/01/2017, il convient de garder à l’esprit que la conclusion de tels accords prend généralement du temps et que la zone euro est le premier importateur de biens britanniques.

Affaiblissement de la livre sterling mis à part, les conséquences du « Brexit » ont commencé à se refléter dans l’inflation. L’indice RPI hors paiements hypothécaires a grimpé de 2,7 % en décembre. L’énergie explique certes en partie cette augmentation, mais l’IPC de base, qui exclut l’énergie et l’alimentation, a aussi gagné 1,6 %. Parallèlement, le moral des ménages a baissé et la croissance des ventes au détail a brusquement ralenti en décembre, même si le rythme était plutôt soutenu précédemment. Selon nous, le plein impact du « Brexit » n’est pas encore visible.

Le commerce mondial s’est amélioré récemment, mais principalement en termes nominaux. Au second semestre 2016, la croissance nominale du commerce mondial a fléchi à la suite d’une baisse des prix, qui s’est à présent atténuée. Cependant, en termes réels, sa croissance reste anémique, ce qui risque de poser davantage problème aux pays émergents, plus dépendants des exportations. Compte tenu d’un ralentissement des cycles du crédit dans certains de ces pays, nous n’anticipons pas de forte reprise de la croissance de ces économies.

Joost van Leenders

Chief economist, Multi Asset Solutions, CFA charterholder

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