Déployer l’hélicoptère monétaire pour relancer l’économie

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Points clés :

  • Le malaise économique qui a suivi le krach financier de 2008 a poussé les banques centrales du monde entier à innover sur le plan monétaire par le biais de nouvelles mesures de relance afin de contrer une demande et une inflation anémiques.
  • D’autres options plus extrêmes sont désormais envisageables, y compris l’injection permanente de liquidités dans l’économie, connue également sous l’expression anglaise « helicopter drop ».
  • De nombreuses banques centrales ont déjà fait appel à cette mesure via un assouplissement quantitatif (QE) persistant où les obligations achetées ne sont pas revendues avant de nombreuses années, voire des décennies.
  • La Banque du Japon pourrait bien aller plus loin que les autres à cet égard, en combinant éventuellement un soutien budgétaire avec un assouplissement quantitatif supplémentaire d’ici à la fin de l’année. Ce faisant, la banque centrale monétise effectivement la dette publique, même si les autorités s’abstiennent de s’exprimer en ces termes. [divider] [/divider]

Le malaise économique qui a suivi le krach financier de 2008 a poussé les banques centrales du monde entier à innover sur le plan monétaire par le biais de nouvelles mesures de relance afin de contrer une demande et une inflation anémiques. Jusqu’à présent, parmi les outils non conventionnels utilisés par les dirigeants monétaires pour stimuler l’économie figurent les vastes programmes d’achat d’actifs, les taux de dépôt négatifs et les prêts à taux fixes aux banques sur plusieurs années. Cependant, l’inflation doit encore remonter, de sorte que les banquiers centraux pourraient encore faire preuve d’imagination en matière de mesures de relance. Par conséquent, d’autres options plus extrêmes ont été envisagées, y compris l’injection permanente de liquidités dans l’économie, connue également sous l’expression anglaise « helicopter drop ». Nous passons en revue, ci-après, diverses mesures de politique monétaire de type « helicopter drop ». Nous évaluons leur impact et mettons en évidence les difficultés de leur mise en œuvre.

Par définition, ces injections de liquidités permettent aux dirigeants monétaires de stimuler l’économie en plaçant l’argent directement dans les mains du grand public, au lieu de passer par des mesures de soutien monétaire plus traditionnelles et indirectes. Alors que la politique monétaire non conventionnelle continue de jouer un rôle central dans l’injection concrète de liquidités, les détails techniques sont beaucoup moins radicaux qu’il y paraît.

Rendus populaires par l’économiste américain Milton Friedman, les « helicopter drops » nécessitent l’impression de monnaie par la banque centrale afin de la redistribuer au public. Cependant, même si les banques centrales sont aptes à distribuer de l’argent aux banques, les ministres des Finances sont mieux placés pour donner de l’argent aux ménages et aux entreprises via les canaux de distribution, d’imposition et de prestations sociales déjà en place. Ainsi, bien que ce soit la banque centrale qui finance cette injection de liquidités, c’est au gouvernement qu’il appartiendrait de les distribuer.

Dans la pratique, le processus pourrait se dérouler comme suit :

  1. Le gouvernement finance un programme de relance budgétaire en émettant des obligations que la banque centrale achète sur le marché secondaire et s’engage à garder indéfiniment.
  2. Lorsque les obligations arrivent à échéance, la banque centrale réinvestit simplement le produit dans de nouvelles obligations. Tous les revenus d’intérêt que la banque centrale reçoit du gouvernement pour ces obligations sont reversés au gouvernement.

À noter que la différence entre l’injection de liquidités et l’assouplissement quantitatif (QE) ordinaire est l’engagement de la banque centrale à conserver les obligations pour une durée indéterminée. Pour le ministère des Finances, cette mesure pourrait s’avérer plus efficace qu’un plan de relance budgétaire conventionnel, parce que cette injection de liquidités n’est jamais financée par des recettes fiscales futures. Pour la banque centrale, cette mesure pourrait s’avérer plus efficace qu’un plan de relance monétaire conventionnel, parce que cette injection de liquidités est permanente et permet donc de relever les prix.

D’autres formes d’« helicopter drops » existent également, mais elles ont toutes en commun l’injection de liquidités par la banque centrale à titre permanent dans l’économie. Pour des raisons politiques et légales, y compris l’interdiction du financement direct par la banque centrale de dépenses publiques dans certaines juridictions, la banque centrale risque de ne pas pouvoir s’engager tout à fait à injecter des liquidités de façon permanente. Quoi qu’il en soit, il n’est pas certain que le marché considère comme tout à fait crédible l’annonce d’un « helicopter drop ». Par conséquent, une version allégée de cette mesure semble plus probable. En réalité, certains pourraient dire que les banques centrales ont déjà lancé le processus. Les QE permanents de la Réserve fédérale, de la Banque centrale européenne et de la Banque d’Angleterre font partie des injections de liquidités de type « helicopter drop », car le public s’attend à ce que les obligations acquises par la banque centrale soient conservées des années, voire des décennies. Par exemple, la Réserve fédérale achète des actifs depuis plus de sept ans et elle ne devrait pas revendre ses positions et retirer les liquidités du système avant au moins cinq ans. La perspective d’une faible croissance ou d’une récession risquerait de retarder encore davantage cette échéance.

La Banque du Japon (BoJ) a été encore plus loin que les trois autres banques centrales précitées en lançant un QE plus avancé, appelé « Stealth Drop ». Dans ce cas de figure, la relance budgétaire et le QE sont quasi simultanés et le public ne s’attend guère, voire pas du tout, à ce que la banque centrale revende un jour les obligations qu’elle a achetées. Un autre « Stealth Drop » n’est pas exclu prochainement et les investisseurs évoquent déjà un éventuel report de la hausse de la TVA par le gouvernement de Shinzo Abe, parallèlement à un renforcement du programme QE de la BoJ.

Graphique 1 : taux des banques centrales

central bank watch

Source: Bloomberg

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Cet article à été rédigé le 14 juin, entre New York et Londres.

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Richard Barwell

Senior Economist

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