Fed : l’heure de vérité approche

Post with image

L’heure de vérité approche et la Réserve fédérale américaine (Fed) monopolise l’attention des marchés. Le calendrier du relèvement des taux d’intérêt américains préoccupe les investisseurs depuis de nombreuses semaines, certains tablant sur une première hausse à l’issue de la réunion de septembre du Comité monétaire de la Fed (FOMC), d’autres pariant sur la réunion de décembre. Les statistiques économiques sont, dans l’ensemble, propices à un resserrement monétaire, même si la décision de la Fed est compliquée par les turbulences qu’ont récemment connues les marchés financiers. Ceux-ci jugent désormais plus probable que la Fed attende la fin de l’année pour procéder à la première hausse de ses taux directeurs en plus de dix ans. Les banquiers centraux restent néanmoins évasifs sur le calendrier. Leurs récentes déclarations témoignent de l’absence de consensus à l’égard de l’importance des récents soubresauts des marchés. Les dissensions qui se sont développées à ce sujet au sein du FOMC risquent de compliquer la tâche de sa présidente, Janet Yellen.

 

Graphique 1 : probabilité d’une hausse des taux directeurs américains le 17/09/15

Taux directeurs

Source : Bloomberg, au 14 septembre 2015

 

L’argumentaire en faveur d’un resserrement de la politique monétaire repose sur l’amélioration du marché du travail.

La Fed a pris ses distances, plus tôt cette année, avec la stratégie de « forward guidance », recommandant aux acteurs du marché de « surveiller les statistiques » de près. Dans son dernier communiqué, le FOMC a clairement indiqué qu’une nouvelle amélioration du marché de l’emploi, ainsi que la conviction de voir l’inflation s’orienter vers son taux cible, constituaient les conditions sine qua non d’un relèvement des taux des fonds fédéraux. Le rapport du mois dernier sur l’emploi, bien que légèrement décevant si l’on s’en tient au chiffre des créations de postes, reste synonyme d’une amélioration du marché du travail. De fait, le taux de chômage est ressorti conforme au niveau que la Fed juge équivalent au plein emploi, laissant attendre l’apparition de tensions sur les salaires si la tendance actuelle se confirme. Compte tenu du cadre actuel de la politique de la Fed, l’anticipation de pressions sur les prix devrait amener la banque centrale à amorcer la normalisation de ses taux. La phase de croissance qui a commencé il y a plus de six ans peut être considérée comme arrivant à maturité, et l’économie américaine est suffisamment solide pour surmonter une hausse des taux d’intérêt.

L’évolution des prix à la consommation conduit à une argumentation différente.

Aux États-Unis, les pressions inflationnistes sont actuellement faibles, dans un contexte de désinflation à l’échelle mondiale et de baisse des prix des matières premières, et alors que l’économie mondiale paraît de plus en plus fragile. Les mesures fondées sur le marché continuent d’annoncer de faibles niveaux d’inflation aux États-Unis sur plus d’une décennie. La courbe de Phillips, qui sert de base aux anticipations en matière d’inflation et de politique monétaire, a été remise en question. Le concept de plein emploi, ou « NAIRU » (non-accelerating inflation rate of unemployment, taux de chômage n’accélérant pas l’inflation), est très difficile à évaluer, et la relation empirique entre chômage, salaires et prix est, au mieux, nébuleuse. Le fait que l’inflation demeure résolument inférieure à l’objectif de la Fed, malgré les mesures de soutien sans précédent prises par cette dernière, a relancé les débats sur l’efficacité de la politique monétaire. Compte tenu du risque de faux pas, il vaudrait peut-être mieux attendre l’apparition manifeste de tensions sur les prix avant d’intervenir.

Il est également difficile d’écarter d’un revers de la main les turbulences récentes sur les marchés mondiaux.

Ceux-ci ont été très affectés par la dévaluation surprise du yuan, durcissant les conditions financières. Les Bourses mondiales ont chuté, les spreads de crédit se sont élargis et le dollar américain pondéré en fonction des échanges s’est apprécié. L’aspect systémique de la correction mondiale semble indiquer que les États-Unis ne sont pas insensibles aux difficultés du monde en développement. L’évolution des conditions financières pourrait dicter la conduite de la Fed, incitant celle-ci à faire encore preuve de patience compte tenu de l’augmentation des facteurs susceptibles d’entraver la croissance américaine.

Le fait que les deux argumentaires soient crédibles rend le défi encore plus difficile à relever pour le FOMC.

Pour préserver sa crédibilité, la Fed doit gérer de manière adéquate les anticipations du marché. Le message pourrait alors être plus important que l’action. Un resserrement préventif assorti d’indications prospectives plus modérées quant au rythme de relèvement des taux d’intérêt pourrait être la meilleure option. La levée des incertitudes réduirait probablement la volatilité des marchés et renforcerait la stabilité financière. À l’instar du ralentissement de l’assouplissement quantitatif, la hausse des taux pourrait s’avérer moins douloureuse que les marchés ne le redoutent.

Chez FFTW, nous pensons que la présidente de la Fed a bien conscience des risques et des défis associés à ce changement historique de politique monétaire.

Tous les efforts seront faits pour préserver la crédibilité de l’institution face à la montée des incertitudes. Il est peu probable que la décision du FOMC, jeudi, surprenne les marchés. Elle donnera cependant une idée de la fonction de réaction de la Fed, la conférence de presse et le communiqué qui l’accompagne fournissant des indications quant à la manière dont la banque centrale entend amorcer la normalisation de sa politique monétaire.

Comme on dirait (aux États Unis) : ce n’est pas la première fois que Janet Yellen assiste à un rodéo.

Ken O'Donnell

CFA, Head of Short Duration Fixed Income at FFTW

Laisser un commentaire

Your email adress will not be published. Required fields are marked*