FOMC de mars 2016 : les banques centrales continuent de donner le ton

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Veuillez noter que le présent article peut contenir du langage technique. Pour cette raison, il est déconseillé aux lecteurs qui ne disposent pas d’une expérience professionnelle de l’investissement.

Les investisseurs entendent sans cesse le même refrain : « ne luttez pas contre la Fed », puis prennent des positions contraires à ce qu’elle communique. Cela dit, pour lutter contre la Réserve fédérale,  encore faudrait-il que ses communications soient claires.

Jusqu’à la réunion du Comité fédéral de l’open market (FOMC) du 15-16 mars 2016, la présidente Yellen s’était efforcée de communiquer au mieux pendant plusieurs mois, soulignant que les décisions du Comité dépendraient des données, que le marché était proche du plein emploi et complètement remis de la crise financière de 2008 et qu’il était nécessaire de prendre des mesures pour raviver l’inflation afin de poursuivre le processus de normalisation entamé en décembre 2015. Les acteurs du marché avaient alors supposé que la volatilité des marchés financiers enregistrée durant les six premières semaines de l’année empêcherait un nouveau tour de vis en mars, mais que les progrès notables sur les fronts de l’emploi et de la stabilité des prix conforteraient l’anticipation d’un resserrement lors de la réunion de juin.

En lieu et place, le communiqué du Comité fédéral de l’open market (FOMC) a révélé une approche davantage en phase avec les risques étrangers et plus prudente dans son processus de normalisation monétaire. Par exemple, bien que le communiqué n’analyse pas en détail l’ensemble des risques qui pèsent sur les perspectives, il indique néanmoins que « le contexte économique et financier mondial continue de poser des risques ». La présidente a précisé ces risques dans sa conférence de presse, en citant plusieurs pays confrontés à un ralentissement de la croissance. Ainsi, malgré le raffermissement de l’inflation ces derniers mois – les dépenses de consommation personnelle de base en rythme annuel ayant grimpé à 1,67 % en mars, soit un niveau supérieur aux prévisions économiques (Summary of Economic Projections) à 1,6 % fin 2015 – le communiqué de politique monétaire continue d’affirmer que l’inflation est inférieure à l’objectif du Comité, et qu’elle devrait rester faible à court terme. Par ailleurs, à 4,9 %, le taux de chômage officiel (U-3) est tombé au niveau de long terme anticipé par le Comité, jusqu’à ce que ce dernier l’abaisse encore pour la 3e fois en 12 mois à 4,8 %.

Graphique 1 : à un niveau de 4,9 %, le taux du chômage officiel (U-3) est tombé au niveau de long terme anticipé par le FOMC (jusqu’à ce que ce dernier l’abaisse encore à 4,8 %).

US U3 unemployment

Source : Bloomberg, 23 mars 2016.

À en juger par les projections économiques médianes, le Comité continue d’anticiper une croissance supérieure à la tendance en 2016 et au-delà, ainsi qu’un retour progressif de l’inflation à 2 %. Cependant, pour y arriver, les membres du Comité prévoient de lever fortement le pied dans leur calendrier de relèvement des taux. Les taux médians prévus pour fin 2016 et 2017 ont tous été rabotés de 50 points de base pour atteindre un durcissement monétaire de 50 points de base en 2016 et 100 points de base en 2017. En réaction, les taux des bons du Trésor ont dégringolé sur l’ensemble de la courbe, en particulier dans les segments à plus court terme, où les investisseurs ont couvert leurs positions courtes. En outre, les marchés d’actions mondiaux ont rebondi, les spreads de crédit se sont contractés, l’indice représentatif du taux de change du dollar américain pondéré s’est replié, les prix du pétrole et le point mort d’inflation ont augmenté, et les divers indices de volatilité se sont stabilisés.

Graphique 2 : l’indice du dollar US pondéré des échanges a baissé après la réunion du FOMC le 15-16 mars 2016.

USD trade weighted index

Source : Bloomberg, 23 mars 2016.

Graphique 3 : l’indice VIX (Chicago Board Options Exchange SPX Volatility Index) fait partie des mesures de la volatilité dont le niveau a baissé après la réunion du FOMC le 15-16 mars 2016.

VIX index

Source : Bloomberg, 23 mars 2016.

D’après certains, plus la Fed tente de communiquer, plus les investisseurs sont confus. Cependant, comme nous n’avons eu de cesse de le répéter : le FOMC doit tenir compte des effets secondaires et tertiaires de sa politique dans un monde de circulation libre des capitaux mondiaux et de compétitivité accrue des prix à l’international. Parallèlement à l’amélioration notable des chiffres de l’économie domestique durant la période, celle-ci a aussi été caractérisée par :

1) Une poussée de volatilité des cours boursiers, des taux de change et des obligations, inédite depuis la crise de Lehman ;

2) Un assouplissement monétaire par la Banque centrale néo-zélandaise, la Banque centrale européenne, la Banque populaire de Chine et la Banque centrale de Norvège.

Par conséquent, les membres de la réunion du FOMC de mars 2016 avaient raison de reconnaître la fragilité de la croissance mondiale et les risques pesant sur l’économie américaine. En ce qui concerne le prochain tour de vis, le mois de juin reste probable. Le Comité voudra s’assurer que le raffermissement récent de l’inflation perdure et que les prévisions inflationnistes restent orientées à la hausse. Il cherchera aussi à s’assurer que la croissance domestique ne redescende pas sous la tendance. À cet égard, parmi les facteurs clés à surveiller figurent les chiffres de l’emploi, les dépenses de consommation (assez modérées ces derniers temps) et les enquêtes sur l’activité du secteur des services. En outre, un signe de rebond de la dynamique de croissance mondiale dans certains indicateurs, comme les PMI mondiaux, soutiendrait la poursuite du processus de normalisation monétaire aux États-Unis. [divider] [/divider]

Cet article à été rédigé le 21 mars 2016 à New York.

Timothy Johnson

Head of Global Sovereign Fixed Income at FFTW

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