Graphiques de la semaine – La politique des taux d’intérêt négatifs

Post with image

Graphique 1 : parmi les principales banques centrales, le niveau actuel des taux directeurs restent extrêmement bas. Ce graphique montre l’évolution des taux directeurs de la Banque Nationale Suisse (SNB), de la Réserve fédérale Américaine (Fed), de la Banque centrale européenne et la de Banque d’Angleterre entre décembre 2014 et avril 2016.

leading central bank rates

Graphique 2 : le 28 janvier 2016, la Banque du Japon (BoJ) a annoncé l’instauration de taux d’intérêt négatifs. Une des conséquences de cette annonce a été la forte baisse des rendements des obligations d’État japonaises, les investisseurs en quête de rendement se tournant vers des actifs à plus long terme.

Japan government bond yields

Graphique 3 : le Japon est le premier pays au monde en termes de montant de dette souveraine dont le rendement est inférieur à zéro. Cet état de fait reflète l’ampleur de l’assouplissement quantitatif (80 trillions de yens japonais par an, c’est-à-dire environ 728 milliards de dollars par an) dont la majorité est composée d’obligations émises par le gouvernement japonais.

negative rate bonds

La BoJ achète actuellement autour de 90 % des obligations d’État  émises au Japon et détient environ 30 % de la dette restante. De ce fait la BoJ se retrouve face à des contraintes potentielles de capacité. L’introduction de taux négatifs fournit un moyen de procéder à un assouplissement monétaire. Ceci dit, la question de l’efficacité des taux négatifs se pose, d’autant plus que l’économie japonaise s’oriente autour de l’épargne (et les taux négatifs constituent un transfert de richesse des épargnants à l’État dont le coût de service de la dette baisse).

Quelle sera la prochaine étape pour la BoJ ?

Etant donné que l’adoption d’une politique de taux négatifs par la BoJ n’a pas, jusqu’ici, produit les effets escomptés (au contraire, le yen s’est apprécié et le Nikkei a baissé depuis l’adoption des taux négatifs par la BoJ le 28 janvier dernier), certains observateurs se demandent si la BoJ ne sera pas obligée d’entreprendre un « helicopter drop », c’est-à-dire une distribution aérienne de billets comme celui envisagé par Milton Friedman dans son livre, écrit en 1969, « The optimum quantity of money » :

« Imaginons qu’un jour un hélicoptère survole cette ville en larguant l’équivalent de 1 000 dollars en billets, qui seront, bien sûr, rapidement ramassés par les habitants de la ville. Supposons de plus que tout le monde est convaincu que ceci est un évènement unique qui ne se renouvellera jamais. » (Milton Friedman, “The Optimum Quantity of Money,” 1969)

Actuellement, il n’est bien évidemment pas envisagé que la BoJ utilisent des hélicoptères pour larguer des billets de banque à travers le Japon. La référence à un « helicopter drop » implique plutôt une des mesures de relance budgétaire, financées par la banque centrale, où le compte bancaire de chaque citoyen serait, par exemple, crédité de  10 000 JPY.

Si cela vous semble invraisemblable, sachez qu’en mars 1999 le Japon a déjà effectué une relance budgétaire de ce type ; plus de 30 millions de coupons valant chacun 20 000 JPY avaient été distribués à la population. Les résultats ne furent pas très convaincants puisque presque la moitié de la population n’a pas utilisé les coupons avant leur délai d’expiration de six mois. Des études ont suggéré que ce programme, ainsi qu’un second programme de la même nature qui a été lancé par la suite, n’ont pas influencé de manière significative les habitudes des consommateurs.

Graphique 4 : taux négatifs et demande de grosses coupures en Suisse

Certaines statistiques publiées par la Banque Nationale Suisse cette année laisse entendre que les plus grosses coupures (1 000 CHF) seraient thésaurisé par des épargnants qui cherchent à éviter des taux négatifs sur leurs comptes de dépôt.

negative rates

Source : SNB data, avril 2016.

En début d’année 2015, le chef économiste de la Banque d’Angleterre formulait l’hypothèse qu’un remplacement pur et simple des billets de banque par de « l’argent électronique »  permettrait de rendre la politique de taux négatifs efficace. La suppression de la monnaie papier est un sujet qui revient sur le devant de la scène, non seulement parce que cela permettrait de mieux lutter contre l’économie souterraine mais parce que cela permettrait également d’affranchir les banques centrales de tout plancher sur le niveau des taux d’intérêt. Avec les taux négatifs, les ménages peuvent être incités à ne plus déposer leur épargne dans les banques et à conserver l’argent liquide dans les bas de laine.

Cependant, certains signes montrent que les taux négatifs commencent à poser problème aux investisseurs institutionnels. Le directeur du plus important fonds de retraite de la fonction publique en France a récemment mis en garde sur le fait que des fonds de retraite pourraient rencontrer de grande difficultés si la politique des taux négatifs de la BCE devait perdurer. Cet avertissement a été suivi d’un autre de la part du responsable du régulateur des marchés financiers en Allemagne qui s’inquiète de la possibilité que ces taux négatifs puissent forcer les fonds de pension à diminuer les prestations aux retraités.

Le président de la BCE Mario Draghi a reconnu le problème, mais il a souligné qu’un taux de croissance et un taux d’inflation plus élevés sont les prérequis à une hausse des taux d’intérêt.

Laisser un commentaire

Your email adress will not be published. Required fields are marked*