L’incident de parcours de l’année sur le marché de l’emploi américain

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Aux États-Unis, les indices de surprise économique sont restés globalement bien orientés, mais le dernier rapport sur le marché du travail a déçu : les créations d’emplois non agricoles en mars sont ressorties à 98 000, alors que les économistes en attendaient 180 000.

Une déviation

Nous avons déjà observé cette faiblesse passagère sur d’autres d’années, en mai 2016 et en mars 2015 par exemple, et les mauvais chiffres observés s’étaient finalement révélés être des anomalies. Nous avons le sentiment qu’il en ira de même avec ce rapport sur l’emploi, notamment dans la mesure où le chiffre publié ne cadre pas avec les autres indicateurs qui attestent d’un marché du travail solide (et de plus en plus tendu). Il est à noter que l’enquête auprès des ménages a indiqué une forte hausse de l’emploi, qui, combinée à la stabilité du taux de participation, a porté le taux de chômage à un plus-bas cyclique de 4,5 %.

Autre élément encourageant, le taux de chômage au sens large « U6 », qui tient compte des personnes marginalement attachées au marché du travail et des travailleurs à temps partiel à la recherche d’un poste à temps plein, a connu un recul notable et semble désormais concorder avec une situation de plein emploi.

Aucune raison de modifier notre opinion…

L’enquête auprès des ménages est réputée volatile et, pour cette raison, nous n’accorderions pas trop de poids à ces données. Cependant, si nous prenons en compte les deux enquêtes pour le mois de mars, nous ne voyons guère de raisons de reconsidérer notre opinion selon laquelle la demande de main-d’œuvre reste solide et les signes attestant d’une pénurie de personnes qualifiées se multiplient. La croissance des salaires stagne à environ 2,7 % sur un an depuis septembre 2016. Cette atonie pourrait être imputable à la faiblesse de la productivité, mais, à un certain stade, les tensions sur le marché du travail devraient être suffisantes pour alimenter une progression plus soutenue des salaires.

…ni celle de la Réserve fédérale

Dans l’ensemble, la Réserve fédérale (Fed) a semblé durcir sa position cette année, évoquant deux à trois nouvelles hausses des taux d’intérêt après le relèvement de mars. Cependant, l’attention se porte également sur le bilan de la banque centrale, lequel a été gonflé par les achats d’actifs antérieurs, notamment d’obligations.

Dans le compte rendu de la réunion de mars de la Fed, le comité de politique monétaire a enfin commencé à communiquer ses intentions, la plupart de ses membres estimant désormais qu’il serait approprié de modifier la politique de réinvestissement des obligations plus tard dans l’année, ce qui n’est pas éloigné des anticipations du marché. En effet, dans les enquêtes conduites par la Fed de New York auprès des acteurs du marché et des opérateurs primaires (« primary dealers) avant la réunion monétaire, les sondés s’attendaient à ce que la banque centrale commence à réduire son bilan au dernier trimestre de l’année ou au premier trimestre 2018. Cela explique probablement la réaction relativement modérée des marchés à cette nouvelle.

En fait, l’information la plus importante concernant le bilan de la banque centrale a figuré dans le rapport annuel sous-estimé de la Fed de New York sur les opérations de marché. Dans ce document, les services de la Fed de New York ont retenu un niveau de 500 milliards de dollars de réserves excédentaires à la fin de la normalisation du bilan, impliquant une réduction du portefeuille de titres du Trésor et de titres adossés à des créances hypothécaires émis par des agences d’environ 1 500 milliards de dollars en quatre ans.


Publié le 14 avril 2017

Joost van Leenders

Portfolio Manager, Multi Asset Solutions, CFA charterholder

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