Janvier 2016 : le FOMC face à l’incertitude

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Veuillez noter que le présent article peut contenir du langage technique. Pour cette raison, il est déconseillé aux lecteurs qui ne disposent pas d’une expérience professionnelle de l’investissement.

Le compte rendu de la réunion du Comité fédéral de l’open market (FOMC) de janvier 2016 dépeint un comité en proie à une incertitude croissante sur les plans économique et politique : resserrement des conditions financières, indices d’une inflation qui restera basse plus longtemps que prévu, conjoncture mondiale qui souffle un vent défavorable à la croissance et signaux contradictoires envoyés par les données américaines. Les membres du Comité ont parfaitement conscience de l’impact négatif que peut avoir un durcissement des conditions financières sur la croissance, mais ignorent si ce resserrement récent va durer. En conséquence, ils ont jugé qu’il était prématuré de changer leurs prévisions économiques à moyen terme sur la seule base de l’évolution récente des marchés financiers. Pourtant, ils sont conscients qu’un durcissement durable des conditions financières pourrait « amplifier les risques baissiers » et produire des effets comparables à un tour de vis monétaire.

Le débat sur les perspectives d’inflation a aussi mis en évidence une incertitude ainsi qu’une prise de conscience des risques baissiers. Fait plus révélateur, les membres du FOMC sont moins nombreux à croire que l’inflation à moyen terme reviendra vers l’objectif de 2 %. Alors que le rapport de décembre mentionnait que « presque tous »les membres prévoyaient une telle remontée de l’inflation, celui de janvier indique à présent que « la plupart » des participants pensent ainsi. Je vous l’accorde, la différence entre « presque tous » et « la plupart » ne tient qu’à deux ou trois membres tout au plus, mais cette nuance est significative de l’incertitude croissante au sujet des perspectives inflationnistes. La baisse récente des prévisions d’inflation mesurée par les enquêtes et les mesures de compensation de l’inflation fondées sur les marchés pourrait étayer cette incertitude. Certains membres du Comité ont pris note de la baisse des prévisions d’inflation sur la base des enquêtes à des niveaux historiquement bas. Alors que ces enquêtes ont été controversées par le passé, le rapport de janvier trahit une inquiétude croissante sur la faiblesse actuelle de ces mesures, qui pourrait indiquer qu’il y a un risque plus grand que les prévisions d’inflation se démarquent de l’objectif de 2 % fixé par le Comité.

Les débats au sein du FOMC révèlent également une meilleure évaluation des risques causés par le recul des prix des matières premières et le ralentissement de la croissance des pays émergents. Les précédentes discussions sur les effets d’un pétrole bon marché étaient presque exclusivement orientées vers les bénéfices pour le consommateur. En revanche, le ton semble avoir changé en janvier puisque le Comité s’est penché sur l’impact des développements des marchés des matières premières qui pourraient « freiner l’activité économique domestique » par leurs retombées directes sur les entreprises et sur les pays producteurs de matières premières. De même, le Comité s’est montré moins optimiste qu’auparavant quant aux perspectives de croissance mondiale et à leur impact sur l’économie américaine, notamment en ce qui concerne la Chine. Par le passé, le Comité s’était concentré sur l’exposition directe relativement limitée de l’économie américaine à la Chine de par ses échanges commerciaux. Les choses ont changé depuis : le rapport fait état d’inquiétudes sur « l’impact potentiellement plus large… d’un ralentissement économique en Chine et dans d’autres pays émergents plus prononcé que prévu », par analogie aux difficultés rencontrées par les pays producteurs de matières premières.

Les signaux contradictoires envoyés par les statistiques économiques américaines ont constitué une autre source d’incertitude lors de la réunion de janvier 2016. Les membres du Comité ont éprouvé des difficultés à concilier la vigueur de l’emploi avec la croissance et la consommation décevantes au quatrième trimestre 2015. Par ailleurs, ils sont également revenus sur certains indices similaires observés dans le secteur des services tels qu’apparus dans l’enquête ISM du secteur non manufacturier de janvier. En décembre, le FOMC qualifiait encore l’activité économique de « solide » en dehors des secteurs pénalisés par la faiblesse des prix de l’énergie et des exportations. Ceci contraste avec le rapport de janvier 2016 qui mentionne que « plusieurs membres ont épinglé la croissance modérée dans le secteur des services … et des données mitigées sur l’activité économique hors secteur manufacturier. »

Toutes ces sources d’incertitude expliquent pourquoi le FOMC a décidé de ne pas se prononcer sur les risques qui pèsent sur les perspectives économiques dans le procès-verbal de la réunion de janvier. En outre, « plusieurs » membres ont indiqué qu’« il serait prudent d’attendre des informations supplémentaires sur la réelle vigueur de l’activité économique …avant de progresser sur la voie de la normalisation de la politique monétaire ». Je partage ce point de vue. Malgré le rebond des actifs risqués de ces derniers jours, les conditions financières ne vont probablement pas s’assouplir de manière significative dans les mois à venir. Par ailleurs, le secteur des services est en perte de vitesse et les banques semblent durcir leurs conditions d’attribution de crédits commerciaux et industriels.

Ces facteurs et la faiblesse des prévisions d’inflation mesurées par les enquêtes confortent mon point de vue actuel selon lequel le Comité se gardera de relever les taux avant le second semestre 2016 et restera à l’affût d’indices confirmant que la croissance restera supérieure à la tendance et que l’inflation progressera réellement vers l’objectif des 2 %. Je reviendrai sur ce sujet prochainement de manière plus détaillée.

Steven Friedman

Senior Investment Strategist

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