L’Argentine, l’étoile montante

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Je suis arrivée en Argentine en 1998 et j’y suis restée huit mois. L’Argentine de 1998 n’a pas beaucoup changé depuis mon séjour : l’économie est toujours moribonde, le taux de change surévalué, les institutions publiques faibles et le président vénéré. Comme elle l’a déjà fait dans son histoire, l’Argentine a récemment voté pour le changement mais, cette fois-ci, le changement naît d’une volonté plutôt que d’une nécessité, d’un espoir plutôt que d’une crise. En effet, le pays semble tirer les leçons des erreurs du passé.

Dans l’imaginaire collectif des Argentins, l’incapacité à se conformer ou à concrétiser son potentiel est devenue une caricature de l’identité nationale. Les Argentins vivent dans la crainte de leur déclin national mais acceptent également le fatalisme du « falluto » – un mot de dialecte local qui signifie à la fois hypocrisie et échec. Après avoir vécu des décennies de dictature, de populisme et de kleptocratie, le peuple et l’économie ont évolué vers un état de contentement, laissant peu de place à l’idéologie ou à la doctrine. Mieux vaut être « falluto » que pauvre.

Quelle ironie – et pourtant une évolution tout à fait logique – de voir l’Argentine devenir l’une des rares histoires à succès dans le monde des économies émergentes. La saga interminable de sa dette l’a écartée des marchés internationaux pendant des dizaines d’années, empêchant l’accumulation de dette en dollars américains qui est devenue le fléau de tant d’autres pays. L’exil argentin de la scène internationale ces dix dernières années a contraint le pays à un désendettement salutaire. L’autarcie qu’il s’est imposée l’a pratiquement protégé des arrêts soudains des mouvements de capitaux et du va-et-vient de la Chine sur la scène internationale. Sa politique de soutien monétaire a engendré une série de déséquilibres uniques totalement décorrélés du cycle mondial. L’Argentine est un pays qui mise sur le capital humain, sur ses ressources naturelles et sur ses magnifiques paysages. Ces atouts expliquent pourquoi l’Argentine affiche une vigueur qui n’a rien à envier à ses pairs émergents. Le « falluto » argentin est devenu son sauveur.

Graphique 1 : Evolution du niveau (exprimé en pourcentage du PIB) de la dette publique argentine pour la période allant du 1992 à 2014 avec les prévisions du FMI pour 2016 jusqu’à 2022.

argentina debt

Source: IMF World Economic Outlook Database, April 2016

L’absence de dette et sa belle histoire ont permis à l’Argentine d’étaler toute sa grandeur sur les marchés le 19 avril 2016 en lançant l’émission obligataire la plus importante (en taille) de l’histoire du marché de dette des pays émergents. Les investisseurs vont-ils mordre à l’hameçon ? Ces nouvelles émissions vont-elles performer ? Nous accueillons ce lancement avec enthousiasme et ce, pour trois raisons.

Premièrement, la dette semble relativement bon marché compte tenu de la qualité de signature du pays, pour autant que la dynamique ascensionnelle de notation se poursuive et que le pays continue de normaliser sa situation afin de se forger une place dans le système financier mondial.

Deuxièmement, le pays jouit d’une certaine immunité contre les risques généraux de marché et, en particulier, la Chine qui reste indéniablement le facteur macro prédominant dans cette classe d’actifs. Il s’agit donc d’une opportunité rare d’ajouter des obligations à haut rendement non corrélées dans son portefeuille international.

Et troisièmement, le risque de déraillement politique est minime. Le Président Macri bénéficie d’un capital politique énorme, tant dans son pays qu’à l’étranger, et de l’euphorie d’une lune de miel pour prendre toutes les réformes dictées par le bon sens pour soutenir l’ouverture et la croissance économique. [divider] [/divider]

Cet article a été rédigé le 19 avril 2016 à Londres.

Source image: http://www.economia.gob.ar/prensa/
L. Bryan Carter

Head of Emerging Markets Fixed Income

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