La conjoncture mondiale inquiète le FOMC

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Veuillez noter que le présent article peut contenir du langage technique. Pour cette raison, il est déconseillé aux lecteurs qui ne disposent pas d’une expérience professionnelle de l’investissement.

La communication post-réunion en mars révèle que le Comité fédéral de l’open market (FOMC) se montre beaucoup plus sensible aux risques émanant de l’international. Aussi, tend-il à adopter une attitude plus prudente dans le cadre de la normalisation de sa politique monétaire. On retrouve des signes de cette plus grande attention accordée aux risques dans les communications entre les réunions, en particulier dans les discours tenus par le gouverneur Brainard et le président Dudley. Les informations d’aujourd’hui ont révélé que les craintes liées aux risques baissiers sont partagées par un plus grand nombre de membres du Comité.

Dès lors, les communications actuelles sont particulièrement conciliantes pour un Comité qui reste déterminé à relever ses taux cette année. Par exemple, alors qu’elle n’a pas proposé d’analyse complète des risques pesant sur les perspectives, la déclaration de politique stipule néanmoins que « …les développements économiques et financiers continuent de faire peser des risques ». La présidente a développé ses risques lors de la conférence de presse, invoquant le ralentissement de la croissance d’un certain nombre de pays. Par ailleurs, malgré la poussée inflationniste de ces derniers mois, la déclaration de politique rappelle que l’inflation est encore en dessous de l’objectif du Comité, qu’elle restera basse à court terme et que les mesures de compensation de l’inflation basées sur le marché ne produisent pas un effet suffisant.

Les prévisions économiques (Summary of Economic Projections) reflètent la prise en compte croissante des risques baissiers et le frein qu’exerce le ralentissement de la croissance mondiale. À en juger par les prévisions économiques médianes, le Comité continue d’anticiper une croissance supérieure au rythme tendanciel cette année et l’année prochaine ainsi qu’un retour progressif de l’inflation vers 2%. Cependant, pour arriver à leurs fins, les membres du Comité tablent sur une trajectoire d’évolution des taux directeurs beaucoup plus plate. Les taux directeurs médians anticipés pour fin 2016 et 2017 ont reculé de 50 points de base (pb) afin de refléter le durcissement de politique de 50 pb cette année et de 100 pb l’année prochaine. Plus frappant encore, la plus haute prévision de taux directeurs pour 2016 et 2017 a diminué encore plus que la projection médiane – en d’autres termes, même les membres les plus offensifs semblent se rendre compte de la difficulté de maintenir le cap haussier des taux d’intérêt dans un environnement caractérisé par une croissance mondiale atone et par des politiques monétaires divergentes.

Depuis un certain temps déjà, je prévois que le Comité ne relèvera les taux qu’à deux reprises cette année, portant le taux d’intérêt sur les réserves excédentaires à 100 points de base d’ici à la fin de l’année. Je ne vois aucune raison de changer ma prévision après les informations d’aujourd’hui. Depuis le début de l’année, la croissance n’impressionne personne, se maintenant juste au-dessus de la tendance du premier trimestre. Comme précédemment expliqué dans un autre article, plusieurs variables pourraient présenter des risques baissiers sur la croissance, tels que la décélération dans le secteur des services (enquêtes d’activité), le resserrement des conditions de prêts commerciaux et industriels et la détérioration de la rentabilité des entreprises. Pourtant, le Comité peut avoir confiance dans l’économie américaine a fait preuve d’une certaine résilience face aux vents contraires en provenance de l’étranger. Les membres poussent probablement un soupir de soulagement en voyant que les autres banques centrales prennent des mesures d’assouplissement supplémentaires et surtout que ces mesures n’ont pas engendré une flambée du dollar. Par ailleurs, même si la croissance se rapproche de son rythme tendanciel, les signes de raffermissement de l’inflation se multiplient lentement mais sûrement. Cette évolution pourrait se poursuivre si des avancées supplémentaires parviennent à améliorer les conditions sur le marché de l’emploi et si les prix du pétrole n’enfoncent pas leur plancher de février.

Terminons par la question de savoir à quel moment aura lieu la prochaine hausse de taux. Le mois de juin est une possibilité, mais il reste beaucoup de choses à recaler d’ici là pour y parvenir. Le Comité voudra d’abord s’assurer que la récente poussée de l’inflation n’est pas un événement éphémère et que les prévisions d’inflation restent orientées à la hausse. Il cherchera aussi une confirmation que la croissance ne va pas passer sous son rythme tendanciel. À cet égard, les indicateurs à surveiller sont les salaires, les dépenses de consommation – qui ne décollent pas réellement ces derniers temps – et les enquêtes d’activité dans le secteur des services. En outre, il faudra également suivre de près la croissance de l’économie mondiale ; là aussi, les nouvelles ne sont pas particulièrement encourageantes à en juger par les indices PMI mondiaux.

Steven Friedman

Senior Investment Strategist

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