Le cours du pétrole et des matières premières peut aussi augmenter

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Un événement a marqué les marchés cette année : la chute du prix du baril de pétrole. Il y a moins de 10 ans, l’indice de référence du West Texas Intermediate (WTI) caracolait à 145,29 USD/baril. Le plancher intrajournalier du 11 février 2016 s’élevait à 26,05 USD/baril, après un repli de 30 % en six semaines. La déflation est de retour. La demande mondiale globale s’est affaiblie. Les marchés émergents sont à nouveau en crise. Et bien sûr, la volatilité est revenue tourmenter les marchés, plombant les performances de la plupart des classes d’actifs, y compris celles présumées immunisées, alors que les investisseurs étaient à la fois à la recherche de liquidité et de sécurité.

 

Graphique 1 : Ce qui baisse peut également monter – le graphique montre l’évolution du prix du pétrole pour la période entre 2008 et le 10 mars 2016.

FFTW 0803 fr 1Source : Bloomberg, au 10 mars 2016.

Les raisons de s’inquiéter ne manquent pas dans un contexte de reprise économique longue et inhabituelle depuis la crise financière. La rentabilité des entreprises est en baisse et la tendance suit la même courbe. La politique monétaire américaine ultra-accommodante a été durcie par un modeste relèvement des taux d’intérêt d’une part, et un raffermissement notable du billet vert, d’autre part. La Banque centrale européenne (BCE) n’a pas pu se montrer aussi accommodante que ce qu’elle avait sans doute laissé croire aux investisseurs. Cette modération a suscité des craintes de dissidence au sein du Conseil des gouverneurs et d’une incapacité du président de la BCE à satisfaire les acteurs du marché autant que prévu. D’autres nouvelles sont attendues sur ce plan le 10 mars 2016.

La crise des réfugiés a mis en lumière d’importantes divergences politiques sur tout le continent, à l’heure où bon nombre de personnes estiment qu’il faut se coordonner. Un référendum de l’UE sur une sortie pure et simple du club européen serait un épilogue assez inopportun. Des créances douteuses aux pays émergents, comme la Chine et le Brésil, rappellent de façon menaçante la contagion au cœur de la crise des subprimes et se sont traduites par des fluctuations brutales du collatéral des credit default swaps des banques européennes, en particulier Deutsche Bank, dont la structure du capital d’urgence « AT1 » a été mise sous pression. La création de cette structure après la crise afin d’en éviter une autre est assez inquiétante pour ceux qui avaient espéré au moins qu’une telle crise bancaire serait désormais évitée.

Néanmoins, malgré la morosité, la peur et la panique occasionnelle ambiantes, certains chiffres se sont doucement orientés vers le haut, notamment le pétrole. Il reste de toute évidence en deçà de son niveau du début de l’année, mais s’établit actuellement à plus de 10 USD/baril au-dessus de son plus bas. La loi des petits nombres offre ainsi une comparaison flatteuse : cette progression équivaut en effet à un gain de 30 %. Elle s’explique par la dissipation des effets plus pernicieux du dispositif de marge, mais aussi par une baisse de production des producteurs marginaux. L’effet est peut-être plus psychologique qu’autre chose, compte tenu du manque d’elasticité relative de la demande à court terme, mais il s’agit d’une variation notable.

Le pétrole n’est pas le seul à rebondir sensiblement, le secteur des métaux aussi. Le graphique de la semaine illustre la progression de 30 % du minerai de fer depuis le début de l’année. Une partie de cette progression se trouve à l’extrémité, avec +19 % pour aujourd’hui uniquement à la suite de la réunion du Congrès national populaire de Chine, mais le graphique montre aussi clairement que cette évolution précède cet événement. Le fer n’est pas le seul métal à s’être envolé : le nickel, le zinc et le cuivre, entre autres, ont tous suivi le même mouvement, précédant ainsi toute suggestion de reprise de la croissance chinoise. Les indices des marchés émergents se sont bien comportés depuis le début de l’année, essentiellement poussés par la vigueur des monnaies locales.

Graphique 2 : Le prix du minerai de fer s’est fortement augmenté depuis le début de l’année 2016 (le graphique montre l’évolution du cours du contrat à terme pour le minerai de fer pour la période entre le mois de mai 2015 et le 4 mars 2016)

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Source: Bloomberg, 04/03/16

Les chiffres de l’emploi américain sont ressortis largement supérieurs aux attentes avec une forte révision à la hausse par rapport aux mois précédents. Le taux de chômage se maintient à 4,9 %. Toutefois, seul le chiffre de la rémunération horaire moyenne, en recul de -0,1 % sur le mois, ne s’alignait pas avec le reste des données. Cependant, le distributeur Costco a augmenté ses salaires horaires pour la première fois en neuf ans, à raison de 13 % pour les plus bas salaires. Son concurrent Wal-Mart avait déjà augmenté ses salaires l’année dernière. Il est toujours possible de trouver des chiffres pour appuyer son point de vue, mais la banque d’investissement UBS publie un indice de surprise de l’inflation mondiale selon lequel la surprise positive du mois de février a été la plus forte depuis 2 ans.

Personne n’a de certitude actuellement sur le retour de l’inflation, mais les prévisions de déflation mondiale induite par la faiblesse des prix des matières premières devraient être prises davantage à la légère.

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Cet article à été rédigé le 4 mars à New York.

Alex Johnson

Head of Absolute Return Multi-Sector Fixed Income at FFTW

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