Le scénario catastrophe s’éloigne : le marché reprend espoir

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Veuillez noter que le présent article peut contenir du langage technique. Pour cette raison, il est déconseillé aux lecteurs qui ne disposent pas d’une expérience professionnelle de l’investissement.

Il y a deux semaines, le marché sombrait encore dans une morosité qui n’avait d’égal que la déprime extrême qui régnait à la mi-janvier. À la mi-janvier et à la mi-février 2016, le Bullish Sentiment Index, qui est publié chaque semaine par l’Association of Individual Investors (AAIIBULL Index sur Bloomberg), a atteint des profondeurs inédites depuis une dizaine d’années. Cette morosité rejoint les statistiques hebdomadaires les plus faibles depuis le milieu de l’année 1987, date de la première publication de cet indice (voir graphique 1).

Cette déprime est profondément ancrée dans la crainte d’un atterrissage brutal de l’économie chinoise, dans le scénario du pétrole qui continuerait à s’effondrer provoquant de nombreuses faillites, dans le spectre d’une récession à court terme aux États-Unis et dans l’impression que les dirigeants politiques sont à court de munitions dans un monde où la croissance et l’inflation brillent par leur absence. Au début de l’année 2016, les marchés pensaient que le monde connaissait une nouvelle crise digne des nombreuses pages écrites ces 25 dernières années : la crise de la dette asiatique de 1997-98, l’éclatement de la bulle Internet en 2000, les attentats terroristes du 11 septembre 2001, la faillite de Lehman et la Grande Récession qui s’ensuivit, la crise de la dette européenne de 2010-12, l’abaissement de la note du Trésor américain en 2011, etc.

Graphique 1 : évolution de l’indicateur de confiance de l’investisseur américain

us investor sentiment bullish

Source: American Association of Individual Investors

Depuis cette déprime, les dirigeants chinois sont parvenus à éloigner le spectre d’un atterrissage brutal imminent et d’une forte dévaluation du yuan. Les prix pétroliers se sont stabilisés autour des 30 dollars le baril (et ont même grimpé de 20% par rapport à leur point bas). Les craintes d’une récession aux États-Unis se sont quelque peu apaisées : les indicateurs économiques ont commencé à surprendre positivement après une succession de déceptions qui aura duré plus d’un an (voir graphique 2). La Réserve fédérale d’Atlanta, qui estime actuellement la croissance du PIB attendue ce trimestre, avance le chiffre de 2 % pour le 1er trimestre 2016, après la piètre performance du dernier trimestre de l’année 2015 (1 %).

Graphique 2 : évolution de l’indice de surprise économique américain

US economic surprise index

Source: Citi

Sur le front de l’inflation, la situation aux États-Unis semble s’améliorer : les indices IPC, IPP et PCE ont tous surpris à la hausse. Ce regain d’inflation, qui tombe à point nommé, confirme le bienfondé de la décision prise par la Fed en décembre 2015 de normaliser sa politique monétaire. Il abonde dans le sens d’un marché de l’emploi en meilleure santé et de consommateurs prêts à profiter de revenus plus élevés et du pétrole bon marché pour dépenser plus. Le marché du logement aux États-Unis continue de profiter des taux hypothécaires bas qui ne devraient pas remonter rapidement compte tenu de l’attitude prudente de la Fed.

Les banques centrales donnent l’impression d’être à court de munitions dans un environnement où les taux d’intérêt plongent en territoire négatif jusqu’à des maturités de 7 ans en Europe voire 10 ans au Japon, sans oublier le taux de dépôt lui aussi sous zéro. Les taux d’intérêt négatifs sont perçus par les acteurs de marché comme anormaux et problématiques, en particulier pour le secteur bancaire, et à juste titre. Même la Fed a reconnu étudier la possibilité théorique de taux négatifs à l’avenir, bien qu’un tel outil ne soit probablement jamais utilisé aux États-Unis. Plusieurs réunions importantes des banques centrales à travers le monde auront lieu dans les prochaines semaines : la BCE ouvre le bal le 10 mars, suivie par la Banque du Japon le 15 et par la Fed le 16. En règle générale, il n’est pas conseillé de parier sur l’incapacité des banques centrales à influer sur la psychologie des marchés de manière durable, bien que l’annonce surprenante par la BoJ d’un assouplissement supplémentaire accueillie froidement par le marché prouve le contraire. Nous nous attendons à une remontée des indicateurs de confiance à l’issue des réunions et décisions de ces banques centrales en mars.

En résumé, nous pensons que les marchés sont en train de revoir leurs prévisions après avoir touché un plancher lors des deux premiers mois de l’année sous le coup de deux forces opaques : la Chine et le pétrole. Les inquiétudes se sont apaisées à cet égard. La croissance et l’inflation aux États-Unis sont finalement reparties à la hausse, même si les signaux sont timides, comme d’habitude. La croissance américaine devrait progresser de 2 à 2,5 % en 2016, pendant que l’inflation devrait tendre doucement vers l’objectif de la Fed. Celle-ci poursuivra ses hausses de taux à un rythme très progressif afin de ne pas heurter les marchés. Bien que nous ne nous attendions pas à une croissance vigoureuse à l’échelle mondiale, l’économie américaine devrait jouer le rôle de locomotive. Selon ce scénario modérément favorable, nous tablons sur une hausse du dollar, principalement face à l’euro victime d’une inflation beaucoup trop faible. Nous prévoyons aussi que les actifs des marchés émergents, qui ont bu la tasse ces dernières années, devraient finir par sortir la tête de l’eau mais dans des cas limités. Terminons par le postulat le plus important : le spectre d’une récession américaine ou mondiale en 2016 s’éloigne.

Adnan Akant

PhD, Head of Currencies at FFTW

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