Les cycles sont-ils toujours récurrents ?

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Ces derniers temps, les cycles semblent polariser l’attention : cycles économiques, cycles d’activité, cycles de taux d’intérêt, cycles de défauts, la liste peut être relativement longue. Si l’on peut apparemment associer le terme « cycle » à une quantité innombrable de substantifs, son sens quand il est appliqué aux différents marchés, aux données ou aux graphiques est moins précis et peut être interprété de manières très différentes.

Cycles courts, cycles longs, super cycles… tous ces concepts sont évoqués dans le monde de la finance et les investisseurs rivalisent entre eux pour les définir et les défendre. Cependant, il y a un point qui devrait faire consensus : un cycle est, par nature, récurrent de sorte que les événements qui sont survenus auparavant sont susceptibles de se reproduire. Sous cet angle, il est possible d’envisager chaque marché, graphique ou cycle comme un test de Rorschach. Chacun peut les interpréter à sa façon, mais il convient de garder à l’esprit qu’il s’agit d’un test de taches d’encre. Un test de Rorschach illustre bien comment une même série de données peut donner lieu à une multiplicité d’interprétations. Cependant, l’idée de cycles peut nous aider à déterminer le point dont nous sommes partis, le stade où nous nous trouvons et la phase vers laquelle nous pourrions nous diriger.

Emplois et données économiques

La semaine dernière, les acteurs du marché ont pris connaissance des dernières données sur le marché du travail américain avec la publication très suivie des créations mensuelles d’emplois non agricoles. Nombre d’entre eux ont été prompts à pointer les anomalies ; en d’autres termes, certaines données sont ressorties en deçà des attentes. D’autres chiffres ont dépassé les prévisions, mais chacun s’est employé à défendre son point de vue concernant le stade où nous nous situons dans le cycle de l’emploi. Le principal message du rapport a été la poursuite de la trajectoire positive. Toutefois, comme le montre le graphique 1 ci-après, si le taux de croissance annuel de l’emploi non agricole a été positif, il a continué à marquer un nouveau point bas par rapport à son sommet du premier trimestre 2015.

Graphique 1 : Emplois non agricoles (Non-farm payroll) – Evolution de la moyenne mobile sur trois mois et variation d’une année sur l’autre en pourcentage

nonfarm payrolls

Source: Le Bureau américain des statistiques du travail, mai 2016.

Le nombre de départs (volontaires) est un signe notable que le marché du travail américain se situe dans une phase solide mais probablement mature. Ce chiffre publié par le Bureau américain des statistiques du travail (BLS) suit le nombre de personnes sans emploi qui ont volontairement quitté leur poste pour en trouver un autre. Il est généralement perçu comme un indicateur des salaires intéressants que les entreprises proposent pour débaucher des salariés. La semaine dernière, le BLS a indiqué que les départs volontaires en pourcentage du total de chômeurs ont représenté 10,8 %. Ils ressortent en hausse par rapport au bas de cycle récent de 5,5 % atteint en septembre 2010, mais restent inférieurs au pic précédent de 12,6 % observé en mai 2006.

Résultats d’entreprises

À la fin de la semaine dernière, 87 % de sociétés de l’indice S&P 500 avaient annoncé leurs résultats du premier trimestre 2016. Selon les données Factset, 71 % d’entre elles ont publié des résultats supérieurs aux estimations moyennes. Je n’ai jamais apprécié les analyses fondées sur les résultats supérieurs ou inférieurs aux attentes, car on ne sait jamais avec certitude si les estimations étaient erronées ou si les résultats réels étaient corrects et vice versa. Cependant, plus concrètement, les bénéfices ont reculé de 7,1 % sur un an au premier trimestre 2016. Une partie de cette baisse est imputable à l’effet dollar (impact de conversion) et au repli des prix des matières premières. Néanmoins, c’est la première fois depuis 2009 que l’indice connaît un quatrième trimestre consécutif de baisse en glissement annuel. Au fil de l’année, les secteurs sensibles à l’évolution des prix des matières premières et du dollar devraient probablement moins peser sur les résultats des entreprises américaines. Récemment, la Réserve fédérale a indiqué que l’insuffisance d’investissements du secteur privé constituait une préoccupation grandissante. Il existe cinq emplois principaux de la trésorerie des entreprises : les investissements, les acquisitions, les rachats d’actions, le versement de dividendes et le remboursement de la dette. Que font donc aujourd’hui les sociétés de leurs liquidités ? Le graphique 2 ci-après montre une augmentation du nombre d’entreprises qui recourent aux rachats d’actions pour accroître leur bénéfice par action.

Graphique 2 : Les rachats d’actions jouent un plus grand rôle dans les bénéfices de l’indice S&P

buyback

Source: Bloomberg, mai 2016.

Le cycle

Si l’on envisage les marchés financiers mondiaux, les statistiques et les graphiques comme un test de Rorschach, nos interprétations seront probablement multiples. J’espère que nous pouvons au moins nous accorder sur le fait que les marchés suivent un cycle et qu’une ou deux séries de données ne servent qu’à nous renseigner sur le point dont nous sommes partis, sur le stade où nous nous trouvons actuellement et sur la phase vers laquelle nous pourrions nous diriger. [divider] [/divider]

Cet article a été rédigé le 10 mai 2016 à New York.

Dan Singleman

Senior Portfolio Manager, Sector Rotation, FFTW

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