Élections présidentielles américaines : quel parti politique profite le plus au S&P 500 ?

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Les élections présidentielles se prêtent inévitablement à toutes sortes de spéculations concernant leur éventuel impact sur l’économie américaine et sur les marchés financiers. Les périodes de forte ou de faible croissance économique sont souvent associées au chef d’État de l’époque, quelle que soit l’influence réelle de celui-ci.

Si le président américain est communément considéré comme la « personne la plus puissante au monde », ce sont bien les décisions prises par le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) qui ont l’impact le plus important sur le taux de croissance. La composition du gouvernement a également un effet relativement limité sur l’économie, l’État ne représentant qu’à peine 30 % de l’économie américaine, contre plus de 50 % dans certains pays d’Europe.

Les présidents jouent un rôle important mais seuls, leurs pouvoir est assez limité

Les présidents, bien sûr, jouent un rôle important, en particulier quand il s’agit d’initiatives majeures, comme les baisses d’impôts mises en œuvre sous la présidence de Ronald Reagan ou le New Deal sous la présidence de Roosevelt. La coopération du Congrès est tout aussi importante, car seul, le président ne peut faire adopter qu’un nombre assez restreint de mesures. Par conséquent, il est plus signigicatif de regarder non pas uniquement les performances du marché boursier en fonction des différents partis politiques au pouvoir, mais la combinaison du parti du président et des partis au Congrès. Les politiques mises en place peuvent être très différentes selon qu’un même parti contrôle les deux branches du gouvernement ou qu’un compromis est nécessaire.

Depuis 1952, il y a eu 32 séances du Congrès sous différents présidents. La combinaison ayant donné lieu à la meilleure performance moyenne du S&P 500, à savoir 14,8 %, a été un président démocrate et un Congrès républicain, suivie par un président démocrate et un Congrès partagé, lorsque les deux chambres sont contrôlées par un parti différent. Dans cette configuration, la performance moyenne a atteint 14 %. À l’opposé, la combinaison ayant donné lieu à la performance la plus faible (-4,3 % en moyenne, voir graphique) a été un président républicain et un Congrès partagé. Bien sûr, ces résultats n’ont pas de réelle valeur prédictive, car ils sont trop peu nombreux pour être significatifs sur le plan statistique. La combinaison la plus performante ne s’est produite que quatre fois depuis 1952.

Graphique 1 : Performances de l’indice S&P 500

S&P 500 index returns

Source : Factset, BNP Paribas Investment Partners, au 4 mai 2016.

La composition politique du gouvernement joue sur les rendements sectoriels

L’impact des partis politiques composant le gouvernement est difficile à séparer d’autres facteurs macroéconomiques ; le cycle économique ne suit pas le cycle politique. En revanche, l’influence est plus perceptible sur des secteurs spécifiques du marché. La législation peut avoir un impact considérable sur un secteur, les soins de santé et la finance étant deux exemples récents et pertinents. La tendance est plus visible au niveau des performances sectorielles et de la configuration du gouvernement que pour le marché dans son ensemble. Le secteur des soins de santé a surperformé le S&P 500 chaque fois que le pays était gouverné par un président démocrate et un Congrès républicain ou partagé, alors que c’est arrivé moins souvent lorsque le président était républicain et que le Congrès était soit démocrate, soit partagé (cf. graphique).

Graphique 2 : les performances du S&P et le parti du président et du Congrès

S&P returns and party of president and congress

Source : Standard & Poor’s, BNP Paribas Investment Partners, au 3 mai 2016.

Remarque : les performances du S&P sont ajustées en fonction de l’inflation. La première lettre désigne le parti du président, la seconde le parti du Congrès. D = démocrate, R = républicain, S = Congrès partagé

Les secteurs de l’énergie et des matériaux de base ont évolué de manière quasi opposée, puisqu’ils ont sous-performé le S&P 500 sous les présidents démocrates et les Congrès républicains/partagés, mais ils ont surperformé quand le gouvernement était contrôlé par un seul parti, républicain ou démocrate. Les entreprises du secteur des biens de consommation de base ont, en général, mieux progressé avec un président républicain et un Congrès démocrate ou partagé.

Les perspectives sectorielles pour les quatre prochaines années dépendent autant de la situation de l’économie que des vainqueurs aux élections. Quels qu’ils soient, le secteur des soins de santé devrait continuer de connaître d’importants changements et de représenter une plus grande part de l’économie. Les sous-secteurs susceptibles d’en tirer parti et ceux susceptibles d’en pâtir devraient, en revanche, être déterminés davantage par la politique. Les performances du secteur financier pourraient, elles aussi, être tirées avant tout par la croissance de l’économie globale et en particulier par la politique de la Fed, car le poids de la réglementation a peu de chances de diminuer, quels que soient ceux qui remporteront les élections.

Le secteur technologique est bien positionné pour prospérer dans la plupart des scénarios politiques. Dans le passé, les performances du secteur par rapport au S&P 500 ont toujours été peu corrélées à la composition du gouvernement. La technologie est le secteur le plus dynamique du marché, ce qui est de bon augure pour la croissance de ses bénéfices. Le secteur profitera en outre des difficultés auxquelles doivent faire face les entreprises dans de nombreuses autres parties du marché. Dans un environnement où la croissance du PIB nominal est faible et où les marges sont déjà élevées, les entreprises cherchent de nouveaux moyens de réduire leurs coûts et d’améliorer leur productivité. Les entreprises technologiques devraient bénéficier de ces investissements de façon démesurée.

Les résultats des prochaines élections présidentielles devraient avoir peu d’impact sur la tendance de la croissance économique américaine, mais chaque secteur pourrait pâtir individuellement des lois susceptibles d’en découler. La meilleure stratégie d’investissement consiste donc à se concentrer sur les secteurs disposant du meilleur potentiel de croissance des bénéfices, et non des meilleurs lobbyistes.

Cet article a été publié pour la première fois dans l’hebdomadaire Weekly Intelligence Report le 17 mai 2016.

Daniel Morris

CFA, Senior Investment Strategist

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