Accord Agirc-Arrco : la baisse des revenus complémentaires à la retraite est-elle une fatalité ?

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Veuillez noter que le présent article peut contenir du langage technique. Pour cette raison, il est déconseillé aux lecteurs qui ne disposent pas d’une expérience professionnelle de l’investissement.

L’édition du « Figaro » du 5 avril 2016 a révélé une étude du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) qui simulait les impacts de l’accord Agirc-Arrco d’octobre 2015 sur le montant de la retraite complémentaire des salariés du secteur privé en France.

Les résultats montrent que les mesures de désindexation, de diminution progressive du rendement des régimes (moins de droits pour une cotisation donnée) et d’abattement pour ceux qui partent avant l’âge du taux plein, pénaliseront les assurés qui subiront des baisses de pension plus ou moins importantes, selon :

  • Leur génération
  • Qu’ils soient cadre ou pas,
  • La date de liquidation de leur retraite : schématiquement, dans le cas général et à partir de 2019, une décote de 10% sur 3 ans pour les assurés ayant le nombre de trimestres requis qui liquident leur retraite à l’âge légal (actuellement 62 ans); aucune décoté pour ceux qui travaillent un an de plus; un bonus pour ceux qui reportent de 2 ans ou plus leur départ, qui pourra s’élever jusqu’à 30% sur 1 an. A noter que les petites retraites sont exemptées de cet abattement.

Quelques exemples, à titre d’illustration, toujours dans le cas général :

agircarrco FR

Plus globalement, le COR a estimé la baisse de la pension totale (régime de base + complémentaire) d’une personne née en 1960, qui maintiendrait son âge de liquidation à 62 ans et à laquelle serait appliqué le coefficient de solidarité, à 6% pour un cadre et à 3% pour un non-cadre (la part de la pension complémentaire représentant 60% de la retraite totale perçue par un cadre contre 30% pour un non cadre).

L’augmentation de la longévité, le vieillissement de la population, et le contexte économique déprécié diminuant le nombre de cotisants en sont les causes structurelles. La France est même championne du monde de la longévité à la retraite, avec 23 ans en moyenne passés à la retraite: la durée de vie moyenne d’une personne retraitée étant de 17.6 ans pour les hommes et un record de 27,2 ans pour les femmes, d’après une étude de l’OCDE de 2015. La situation des femmes nous a d’ailleurs paru suffisamment singulière pour y consacrer une étude qui sera prochainement publiée par BNP Paribas Investment Partners.

Préparer sa retraite, un incontournable

Cette situation rend la question du financement de cette période de la vie encore plus difficile: comment faire pour préserver son niveau de vie ? Il n’y a pas de miracle, mais il n’y a pas non plus de fatalité. La solution passe nécessairement par l’augmentation de l’épargne individuelle. Mais attention, il ne faut pas confondre l’épargne en vue de sa retraite et l’épargne de précaution, la première n’étant pas faite pour être utilisée en cas de besoin, la seconde ayant des espérances de performances trop basses (et même aujourd’hui une performance négative) pour générer un complément de revenu à la retraite (cf article paru sur ce blog « Le Paradoxe de l’épargne en France »).

Aussi, afin de compenser la perte de revenu au moment de la retraite, il pourrait être judicieux de :

Commencer à épargner le plus tôt possible : en effet, cela permet de diminuer l’effort d’épargne du fait du mécanisme des intérêts composés.

Le faire de manière régulière : l’épargne financière programmée est un outil qui a fait ses preuves ; il permet non seulement de répartir l’effort d’épargne dans le temps mais également de lisser son entrée sur les actifs risqués. En effet: vous profitez de toutes les situations, en investissant régulièrement la même somme dans toutes les configurations de marché. Lorsque les marchés sont en hausse, vous voyez le prix d’achat moyen augmenter mais le capital investi, au global, progresse. Lorsque les marchés sont en baisse, vous achetez un plus grand nombre de parts: vous bénéficiez d’une diminution du prix d’achat moyen, amortissant l’effet de marché sur son portefeuille.

Diversifier ses investissements, ce qui permet de diminuer le risque grâce à une exposition à des sources de performances qui ne sont pas complètement corrélées, ce qui au final améliore la performance par unité de risque sur le long terme. Il faut éviter de rester complètement en dehors des actifs risqués, même en période de marché volatil, sous peine de passer à côté des hausses. Une fois qu’on a dit cela, l’allocation active des facteurs de risque est bien entendu une source valeur ajoutée potentielle additionnelle.

Structurer son épargne en y associant des horizons d’investissement : permet de mieux gérer l’exposition aux actifs risqués dans le temps et d’éviter les incidents de fin de parcours.

Etre attentif à l’enveloppe fiscale choisie

Les fonds à horizon, une solution packagée adéquate

Grâce à leur gestion, dite « à horizon », il est possible de choisir un fonds pour lequel le gérant adapte la composition du portefeuille entre actions et produits de taux (obligations et titres monétaires) en fonction de la date correspondant au besoin de l’investisseur. Plus la date de départ est lointaine, plus le fonds est exposé aux actions dans le but de profiter de leur potentiel de performance. Chaque année, le gérant réduit la part investie en actions en faveur des produits de taux pour réduire le risque et sécuriser l’épargne de l’investisseur. Lorsque la date choisie est atteinte l’investisseur a à sa disposition un capital investi dans un portefeuille diversifié à très faible risque, qu’il peut récupérer à tout moment tout ou partie, par exemple en retraits programmés. En répartissant son capital dans des fonds d’horizon différents, à maturité croissante couvrant la période théorique de sa retraite, un investisseur peut donc générer des revenus réguliers tout au long de sa retraite, en gardant l’épargne dont il n’a pas besoin dans l’immédiat exposée aux marchés financiers. Il ne faut pas oublier que « la majorité des ménages français de plus de 70 ans épargnent, et qu’ils épargnent à peu près autant que le reste de la population en proportion de leurs revenus », dixit un rapport du Conseil d’Orientation des Retraites de décembre 2015 (cf article paru sur ce blog «Épargne retraite : investir au-delà de l’espérance de vie »).

Alain Jaques

Product Strategy Manager, Retirement Specialist

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