Attention au fossé des générations

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Nous suivons, pour la plupart, le même cycle de vie : d’abord enfant puis jeune et célibataire ; nous passons d’étudiant à actif, nous nous installons en couple, devenons parents, grands-parents, puis connaissons le temps de la retraite. À chacune de ces étapes, nos comportements financiers évoluent et s’adaptent à nos besoins du moment. De même, quand un large groupe d’individus vivent les mêmes changements au même moment, l’économie s’en trouve modifiée. C’est le cas de certaines générations qui ont marqué de manière significative l’économie mondiale.

Il y a différentes façons d’appréhender la notion de « génération ».

De façon générale, il s’agit d’une sous-population dont les membres, ayant à peu près le même âge ou ayant vécu à la même époque, partagent de ce fait un certain nombre de pratiques communes. Mais certains experts** ont une autre approche et étendent la génération du « baby boom » aux personnes nées aux États-Unis entre 1935 et 1961, comme l’illustre le graphique 1, du point bas au point haut du mouvement.

En ce sens, cette génération de 105 millions d’individus (hors immigration) d’après le Bureau du Recensement a eu un impact majeur aux États-Unis qui n’ont pas été en mesure d’ajuster l’offre à la demande. C’est ainsi par exemple que le marché du travail a été en berne, avec un taux de chômage en progression de 3,50 % à fin 1969 à 8,2 % à fin 1975. De même jusque dans les années 2000, le marché de l’immobilier a connu une forte hausse induite par l’acquisition simultanée de biens immobiliers par les « baby boomers ».

Graphique 1 : Evolution des naissances aux US en millions d’individus

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Source : US Census Bureau- millions de naissances

Les familles américaines atteignent un pic de dépenses quand les parents sont âgés en moyenne de 46 ans. En général, les couples ont leur premier enfant entre 28 et 33 ans. Quand leur premier enfant entame des études supérieures à partir de 18 ans, souvent les dépenses des parents augmentent fortement et atteignent un sommet (frais de scolarité, logement universitaire à financer et autres dépenses afférentes). L’impact de la hausse des dépenses des « baby boomers » est visible à travers différents indicateurs économiques. Le graphique 2 montre une forte corrélation entre l’évolution de la capitalisation boursière américaine (corrigée de la hausse du bilan de la Fed) avec les « baby boomers » âgés de 46 ans.

Graphique 2 : Naissances US décalées et Capitalisation boursière US

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Source : US Census Bureau (millions de naissances), Bloomberg

Si la démographie influe de manière certaine sur l’économie, il existe aussi d’autres facteurs majeurs qui peuvent l’impacter tels que : la législation, la politique du gouvernement, la politique monétaire, les guerres et tensions géopolitiques, etc.

Une autre génération tout aussi importante est en train d’émerger ; il s’agit des « millennials ».

Selon la même approche extensive de la définition de génération, les « millennials » correspondent aux individus nés aux États-Unis entre 1976 et 2010, soit sur 34 ans. Cette génération représente 136 millions d’individus (hors immigration) et est donc plus importante que celle des « baby boomers ». Il s’agit de la première génération dite « digitale » née avec internet. Ils font plus confiance aux médias sociaux (Facebook, Tweeter, Instagram, etc.), qui semblent être au centre de leur univers, qu’aux entreprises.

Cependant, l’impact des « millennials » sur l’économie est différent. Tout d’abord, ils représentent une part plus faible de la population. En effet, si les « baby boomers » ont représenté jusqu’à 57 % de la population des États-Unis (en 1960), les « millennials » représentent 43 % de la population des États-Unis en 2014. Ensuite, leur naissance s’est étalée sur une plus longue durée.

Les « millennials », nés jusqu’au premier pic des naissances de 1990, ont aujourd’hui terminé leurs études et sont entrés dans la vie active. Ces individus sont suffisamment nombreux pour influencer l’économie, mais l’environnement ne leur a pas été favorable. Ils sont arrivés endettés sur le marché du travail au milieu de la crise des « subprimes », en 2008. La résilience de l’économie américaine leur a permis de trouver un emploi, mais avec une rémunération moindre conduisant à une autonomie financière tardive. En 2015, on a pu observer pour la première fois depuis 1960, que 31,6 %* des jeunes adultes de 18 à 34 ans vivaient encore chez leur parents (graphique 3).

Graphique 3 : ce graphique montre la proportion de jeunes adultes (18-34 ans) hébergés au domicile parental

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Source : US Census Bureau, Annual Social and Economic Supplements

En conclusion, il est clair que les comportements des « baby boomers » et des « millennials » ont un impact sur l’économie. Néanmoins, aujourd’hui les marchés financiers évoluent dans le « creux d’une vague démographique » entre des « baby boomers » qui réduisent leurs dépenses et des « millennials » qui ne sont pas assez nombreux à avoir atteint leur pic de dépenses. Une fine appréhension des comportements propres à chacune de ces deux générations permettra aux gérants actifs de créer de la valeur, en privilégiant par exemple les secteurs de la santé et de la pharmacie alors que les « baby boomers » avancent en âge aux États-Unis.

Les gérants pourraient aussi tenter d’identifier de nouveaux pays qui présenteraient les mêmes caractéristiques que les États-Unis au début des années 1960. Il s’agirait donc de pays en cours d’urbanisation et faiblement endettés, présentant des conditions de croissance similaires à celles que les « baby boomers » ont connu, avec une population constituée d’une forte proportion de jeunes actifs qualifiés disposant d’une épargne.

Fabien Benchetrit

Senior Portfolio Manager, THEAM Model-driven Cross Asset

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