Dévaluation drastique du renminbi : un jeu qui n’en vaut pas la chandelle

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La faiblesse de la croissance et l’intensification des pressions déflationnistes ont amené les dirigeants chinois à s’inquiéter des dommages d’un renminbi fort sur l’économie. Par conséquent, certains acteurs du marché prédisent que la Chine pourrait s’engager dans une « guerre des devises » en dévaluant sa monnaie. Nous ne sommes pas d’accord. Le récent changement du calcul quotidien du taux-pivot, qui a provoqué la dévaluation du renminbi face au dollar américain et secoué les marchés financiers mondiaux, ne doit pas être considéré comme le lancement d’une véritable politique de dévaluation. Il devrait plutôt permettre aux forces du marché d’accroître les transactions en renminbis dans le cadre des réformes économiques en cours.

Les inconvénients de cette dévaluation

Selon notre scénario de base, Beijing continuera de résister à la tentation de procéder à une dévaluation plus marquée car:

  • elle ne contribuerait pas sensiblement aux exportations chinoises et à la croissance économique
  • elle risquerait de déstabiliser les sorties de capitaux dans la perspective de nouvelles dévaluations du RMB
  • elle risquerait d’accentuer le fardeau financier des entreprises chinoises lourdement endettées en devises étrangères non couvertes (essentiellement en USD).

Si la Chine s’engage dans la guerre des devises, elle risquerait d’entraîner des dévaluations concurrentielles en Asie, vu qu’un nombre croissant de devises y suivent étroitement le renminbi, ce qui accentuerait les corrélations entre ce dernier et les principales devises asiatiques et créerait un bloc autour du renminbi de pays asiatiques qui font du commerce avec la Chine ou font partis des chaînes d’approvisionnement recentrées sur la Chine.

Asian currency rates

La dévaluation : un souffle sur la braise

Ces pays ont plus intérêt à minimiser la volatilité des taux de change et le risque de change de leurs devises face au renminbi, plutôt que face au dollar américain ou à l’euro, car de fortes fluctuations pénaliseraient directement la croissance, le commerce et l’investissement direct étranger locaux.

L’engagement de la Chine dans une course à la dévaluation aurait pour corollaire :

  • l’intensification de la guerre des devises en Asie
  • la dépréciation des devises sensibles aux matières premières, qui suivent la demande chinoise
  • l’augmentation de la volatilité profiterait aux bons du Trésor américain, vu que les flux de capitaux s’orienteraient vers les valeurs sûres
  • l’accroissement des pressions baissières sur les taux d’intérêt mondiaux.

L’année dernière, nous avions mis en garde contre le risque de dévaluation du renminbi et soutenu que cette politique ne serait pas la meilleure option pour la Chine. Nous ne pensons toujours pas que Beijing ira dans cette direction.

Cet article est tiré d’une note Chi on China intitulée « Will China Join the Currency War? » en date du 12 août.

Chi Lo

Stratège Senior pour Greater China de BNP Paribas Investment Partners

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