En quoi le réchauffement climatique pourrait-il entraîner une résurgence de l’inflation ?

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La guerre contre le réchauffement climatique n’a pas encore été déclarée ; elle n’en est qu’aux préliminaires. Difficile de dire quand elle rentrera dans sa phase active. Les climatologues disent qu’elle devra être totale, sans merci. Il en va du bien-être des générations futures, voire même, aux dires de certains, de la survie de l’espèce humaine. Or, l’histoire a montré que toute guerre totale s’accompagne d’une recrudescence marquée de l’inflation. Il en a été ainsi durant les deux dernières guerres mondiales (en France, inflation de plus de 250 % entre 1915 et 1920 et de plus de 1400 % entre 1940 et 1949, aux États-Unis, inflation de plus de 80 % entre 1916 et 1920 et de plus de 40 % entre 1943 et 1948). Il en sera de même pour celle-ci !

Une banque centrale a cette faculté singulière et surprenante de permettre au gouvernement dont elle dépend de financer ses dépenses militaires (entre autres) en créant de la monnaie. Si ce dernier était amené à augmenter les impôts pour financer des dépenses de guerre en forte hausse, la population se révolterait. La monétisation par l’entremise de la banque centrale est une façon bien plus subtile (et hypocrite) pour l’État de financer son expansion. Les citoyens ne s’en rendent pas directement compte ; l’inflation qui résulte de cette expansion s’immisce dans le paysage économique après coup, sournoisement, sans que le lien de cause à effet ne saute aux yeux du profane.

Les États-Unis (pour ne parler que d’eux, en tant que plus gros émetteur de gaz à effets de serre) pourront-t-ils continuer à vivre selon le même mode que celui qui a prévalu jusqu’alors, celui du tout-pétrole, de la « bagnole reine », des gros pick-ups, de l’avion facile, du climatiseur ronronnant, de la viande abondante, de l’étalement tentaculaire des banlieues, des maisons surdimensionnées – pour ne citer que quelques traits du mode de vie américain.

Or, selon les climatologues du GIEC, pour éviter de dépasser les deux degrés de hausse des températures (par rapport à l’ère préindustrielle), la guerre contre le réchauffement climatique devra être totale. Il y a, en effet, urgence à agir ; ces mêmes climatologues considèrent qu’au rythme des émissions d’aujourd’hui, ce niveau de deux degrés sera atteint, non pas en 100 ans comme certains veulent le faire accroire, mais en 25 ans, c’est-à-dire demain. Guerre totale veut donc dire que toutes les dimensions de la société humaine moderne devront être repensées à l’aune de cette guerre à mener, de cette guerre à gagner. Aucune exception ne pourra être tolérée sous peine de devoir accorder à chaque groupe de pression, chaque coterie, les exemptions qu’il réclame. Tous les aspects du mode de vie américain (et, au-delà, du mode de vie occidental en général) évoqués plus haut devront donc être revus selon ce prisme.

Cette guerre totale va donc requérir, pour le budget de l’État, un renversement radical des priorités

Par là-même, des efforts d’investissement gigantesques avec, comme corollaire, l’envolée des déficits et de la dette publique. De la même façon que les deux dernières guerres mondiales, en un temps très court, ont exigé des États impliqués un changement complet de leur mode de fonctionnement et l’engagement de moyens financiers titanesques. Inutile d’imaginer, en effet, que les citoyens/consommateurs acceptent, de leur propre chef, de voir leurs impôts augmenter et leur consommation diminuer pour que de tels efforts d’investissement puissent être honorés. Le triptyque dépenses/déficit, dette, inflation s’imposera, pour les politiques, comme la solution incontournable pour mener cette guerre sans précédent.

Ces efforts d’investissement vont porter principalement sur les inévitables subventions qui devront accompagner les mesures coercitives à prendre pour réduire les émissions de gaz à effets de serre, à savoir, entre autres, interdire les voitures les plus polluantes, obliger les propriétaires à isoler leur résidence, décourager la circulation automobile, restreindre le trafic aérien, ordonner la fabrication de produits résistants et durables, équiper les maisons de micro-éoliennes, restructurer l’espace public, imposer une taxe carbone digne de ce nom et, plus généralement, procéder à l’internalisation des coûts futurs dans les prix d’aujourd’hui.

Ils porteront aussi sur les crédits de recherche publique ou privée destinés à accélérer les avancées scientifiques dans des domaines aussi variés que l’amélioration du rendement énergétique des moteurs, générateurs, batteries, cellules photovoltaïques ou connecteurs électriques, la capture et l’enfouissement du carbone, le stockage de l’énergie, la construction écologique des bâtiments, la récupération des métaux présents dans les décharges, la maîtrise de l’énergie des courants marins.

De la même façon que les investissements « keynésiens » massifs qui ont été consentis durant la deuxième guerre mondiale ont été une source extraordinaire d’innovation et de croissance et ont permis de sublimer les mesures du « New Deal » engagées pour sortir de la Grande Dépression, on peut raisonnablement imaginer que ceux qui seront déployés lors de cette guerre de demain permettront de sortir l’économie de la déprime qui l’accable aujourd’hui.

Quand cette guerre à venir prendra-t-elle forme ?

Certainement quand les événements climatiques extrêmes seront reconnus comme une menace tangible et réelle, une menace supérieure, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui. Certainement quand les lobbys qui tirent leurs intérêts du modèle de développement d’hier, entre autres de la combustion des énergies fossiles, seront dépassés par les lobbys qui perçoivent ce même modèle comme une menace à leurs propres intérêts. Certainement quand les rentiers d’aujourd’hui qui craignent une résurgence de l’inflation pèseront moins sur l’échiquier politique que les acteurs économiques qui pourront tirer profit de la croissance des industries « écologiques » de demain. Certainement, et c’est l’avertissement récent du Gouverneur de la Banque d’Angleterre, quand les intérêts des établissements financiers seront mis en péril par l’aggravation du réchauffement climatique. [divider] [/divider]

Ce sont toutes ces évolutions que regardent attentivement les gérants des fonds environnementaux de BNP Paribas Investment Partners.

Alexandre Jeanblanc

Investment Specialist, SRI

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