La dette chinoise est-elle excessive ?

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Selon certains observateurs, le niveau atteint par le ratio dette/ PIB de la Chine, estimé à près de 250 % en 2015, risque de provoquer un effondrement du système.

Ce ratio est certes élevé au regard des normes internationales, mais il n’est pas excessif. À en croire la Banque des règlements internationaux, il se situe même dans le milieu du classement mondial de l’endettement, loin derrière des pays comme le Japon, la Belgique, le Portugal, l’Irlande, les Pays-Bas et la Grèce, dont les ratios sont nettement supérieurs.

Quand peut-on parler d’excès ?

Un pays s’endette lorsqu’il investit ses économies. Si toute l’épargne nationale est investie via les marchés d’actions, le pays ne contracte pas de dette. Dans la pratique, il y a toujours une partie de l’épargne nationale investie sous la forme d’emprunts, soit par le biais de prêts bancaires ou d’émissions obligataires.

Dans un système clos, avec une structure stable d’intermédiation financière entre le financement de la dette et les actions, plus l’épargne nationale est élevée, plus l’endettement l’est également. La dette est donc inéluctable et ce n’est ni bon ni mauvais. Les preuves empiriques démontrent le rapport positif entre l’épargne nationale d’un pays et son niveau d’endettement. Ainsi, la Chine se situe haut dans le classement en raison de son niveau élevé d’épargne (50 % du PIB).

Cependant, dans un système ouvert, un pays peut emprunter des économies à l’étranger et accumuler une dette supérieure à son niveau d’épargne domestique. Généralement, la dette financée par des économies empruntées est plus instable que la dette financée par les économies domestiques.

La Chine, en l’occurrence, ne détient qu’une faible part de dette étrangère (moins de 15 % du PIB) et une position d’investissement international nette. Sa dette est essentiellement financée par l’épargne domestique et libellée en devise locale, tandis que sa balance des opérations en capital reste relativement fermée.

Par conséquent, la dette chinoise est probablement plus stable que celle d’autres pays dont les ratios d’endettement sont équivalents ou inférieurs. Son endettement élevé reflète le volume important de son épargne, dont l’essentiel de l’intermédiation est assuré par le système bancaire, ce qui nous amène à la structure du système financier, qui peut influencer le niveau d’endettement d’un pays.

Une structure financière différente

Le marché américain des actions est vaste et très liquide, et a longtemps été une forme essentielle d’allocation du capital pour l’économie du pays. En Chine, le financement par le crédit (y compris surtout des emprunts du système bancaire officiel et parallèle) représentait 95 % de l’ensemble de son financement en 2015, et seulement 5 % via les actions. Son marché d’actions sous-développé suggère que la Chine finance forcément sa croissance par le crédit.

Dès lors, le ratio d’endettement de la Chine ne serait pas aussi excessif qu’il n’y paraît compte tenu de la structure de financement du pays. Toutefois, ceci ne signifie pas que la Chine n’a aucun problème d’endettement. Les plus pessimistes avancent qu’une crise de la dette et de la devise est imminente. Cependant, ils pourraient bien être surpris, car la dette chinoise est structurellement différente de celle des pays en crise. La part minime de dette étrangère de la Chine, son épargne domestique élevée, son système financier sous-développé, sa politique de garantie implicite et son compte de capital fermé ont agi comme des boucliers de protection du système chinois.

Il ne faut pas pour autant nier le problème de la dette chinoise, mais la présence de ces « boucliers » implique qu’il serait difficile de mettre fin au système financier de la Chine. Ils permettent à Beijing de gagner du temps pour régler les problèmes d’endettement au moyen de réformes structurelles. Selon moi, il est probable que le récent changement de politique de Beijing en faveur d’une relance de la croissance du PIB stabilise l’économie, mais accentue en revanche le ratio dette/PIB et ralentisse la mise en œuvre des réformes structurelles.

Les autorités de Beijing sont donc confrontées à un dilemme entre ajustements structurels et croissance du PIB. Une thérapie de choc risquerait de tuer l’économie avant que les réformes structurelles n’aient une chance d’aboutir.

Pour lire l’article sur le sujet dans son intégralité, cliquez ici.

Cet article a été publié pour la première fois dans l’hebdomadaire Weekly Intelligence Report le 24 mai 2016.


La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus élevée à l’évolution des conditions de marché, celles-ci étant influencées par la situation sociale, politique et économique.

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte des fonds peuvent comporter un risque plus élevé.

Chi Lo

Stratège Senior pour Greater China de BNP Paribas Investment Partners

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