La voiture électrique, solution pour une croissance urbaine moins polluante ?

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« Aux yeux de la plupart des citoyens américains, les solutions pour diminuer les embouteillages sont pires que les embouteillages eux-mêmes », a déclaré Anthony Downs, un économiste spécialisé en politique et en administration publique, dans le blog Walkable Streets, de Dom Nozzi (un scientifique spécialiste de l’environnement et consultant en urbanisme).


Source de pollution non négligeable aux répercussions économiques indéniables, les embouteillages ne sont évidemment pas un problème exclusivement américain. La situation empire dans le monde entier en raison de l’urbanisation (qui, contrairement au trafic urbain, s’intensifie) et de l’augmentation du PIB par habitant.

Certaines sociétés novatrices développent déjà leurs activités dans ce secteur en proposant des solutions « vertes ». Avant d’examiner ces initiatives qui sont encore à l’état embryonnaire, il convient toutefois de présenter l’étendue du problème auquel ces entreprises tentent de s’attaquer.

Dans l’édition 2014 du rapport sur les perspectives de l’urbanisation, le service des populations du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU a indiqué qu’aujourd’hui, 54 % de la population mondiale vit dans les zones urbaines et que cette proportion devrait passer à 66 % en 2050. Selon les projections de l’ONU, l’effet combiné de l’urbanisation croissante et de la croissance démographique mondiale contribuera à une augmentation de 2,5 milliards de personnes supplémentaires dans les villes d’ici 2050 – à ajouter aux 3,9 milliards de personnes qui y habitaient déjà en 2014.

En Europe, la transition semble même plus conviviale et plus rapide : les villes devraient accueillir près de 80 % de la population d’ici 2020, selon l’Agence européenne pour l’environnement.

Les répercussions liées à la croissance de la population citadine et du trafic intra-urbain sur l’économie et l’environnement sont stupéfiantes. La vitesse de conduite moyenne dans le centre de Londres ne dépasse même pas les 14 km/h (selon la société des transports en commun de Londres, Transport for London), contre 13,6 km/h à Manhattan (selon la société des transports en commun de New-york, NY Metropolitan Transportation Authority). À titre de comparaison, le dernier vainqueur du marathon de Boston a couru les 42 kilomètres (certes dans des rues exemptes de circulation) à une vitesse deux fois plus élevée.

Des analystes de la circulation d’INRIX et le Centre for Economics and Business Research ont réalisé une étude sur le coût financier cumulé des embouteillages dans les mégalopoles des États-Unis, du Royaume-Uni, de France et d’Allemagne pour la période allant de 2013 à 2030. Chaque année, les travailleurs pendulaires américains et européens perdent en moyenne près de trois semaines de travail (soit 111 heures) dans les embouteillages, ce qui représente un coût d’environ 1 740 dollars par an et par personne. Le coût annuel combiné de ces embouteillages dans les pays étudiés devrait augmenter de
50 %, pour atteindre 293,1 milliards de dollars d’ici 2030.

À Londres, le coût lié à la congestion augmentera de 71 % d’ici 2030, ce qui représente la plus forte croissance parmi toutes les villes visées par l’étude. Cette hausse exponentielle tient à l’actuelle intensification de l’urbanisation, qui y est la plus forte au monde. Comme l’écrivait récemment l’économiste britannique Evelyn de Rothschild dans Financial Times, « la configuration routière, souvent absurde, de Londres représente un problème non négligeable pour une ville mondiale, qui est le poumon de l’économie britannique ». Cet objectif de réduction des embouteillages – à Londres, à Paris et dans de nombreuses autres mégalopoles – et d’augmentation de la part de voitures propres est à la base des initiatives de développement de voitures électriques de divers constructeurs et sociétés.

En 2010, environ 23 % des émissions mondiales de CO2 étaient générés par le transport. Depuis 1970, la part des émissions de gaz à effet de serre produites par le secteur des transports a plus que doublé, c.-à-d. plus vite que pour toute autre utilisation finale énergétique. L’année dernière, UN Habitat a lancé l’Initiative pour une mobilité urbaine électrique visant à augmenter la part modale des véhicules électriques en ville, pour atteindre les 30 % d’ici 2030.

Bien sûr, bien que les véhicules électriques n’émettent aucun gaz d’échappement , ils ne constituent pas pour autant la panacée absolue pour l’environnement . Quelle que soit l’efficacité de la batterie, celle-ci a besoin d’être rechargée à partir du réseau électrique . Et la quantité d’énergie électrique utilisée pour construire la voiture (et sa batterie) devrait également être prise en compte – en particulier dans des pays comme le Royaume-Uni qui utilisent actuellement une forte proportion de charbon pour produire leur électricité.

Néanmoins, à Paris, à Lyon, à Bordeaux et dans plusieurs autres grandes villes, dont Indianapolis aux États-Unis, le groupe industriel français Bolloré a réussi à renforcer l’attrait pour la voiture électrique en libre-service. À Paris, ce projet est connu sous le nom d’Autolib’. Les utilisateurs peuvent louer une des 2 900 « Bluecar » – des véhicules 100 % électriques, alimentés par une batterie LMP®(lithium métal polymère), conçue par le groupe Bolloré, d’une autonomie de 250 kilomètres – disponibles à 900 endroits stratégiques de la ville, pour des trajets de 20 minutes, voire moins. L’offre simple, écologique et très flexible d’Autolib’ suscite l’intérêt. Au cours des trois premières années, le projet a permis à près de 70 000 utilisateurs d’effectuer quatre millions de trajets.

Le partage de voitures, ou autopartage, est un autre moyen de réduire la pollution de l’air et la congestion intra-urbaine. Greenwheels, une des plus grandes sociétés d’autopartage en Europe, est implantée aux Pays-Bas et en Allemagne. Les clients peuvent utiliser une voiture autant qu’ils en ont besoin, ce qui concorde avec l’intérêt croissant pour une utilisation à la demande. La société estime qu’une voiture en autopartage peut remplacer 15 voitures personnelles. Les clients de Greenwheels à Amsterdam, à Rotterdam, à La Haye et à Utrecht peuvent conduire des voitures électriques à émission zéro dans le cadre d’un projet visant à soutenir la mobilité durable subventionné par le Ministère de l’infrastructure et de l’environnement néerlandais. Greenwheels a également signé un partenariat avec la société des chemins de fer néerlandaise afin de proposer un service d’autopartage dans 90 gares du pays, ce qui permettra d’améliorer le transport multimodal en ville.

Qui plus est, outre les voitures privées, les taxis se mettent également au vert. La compagnie amstellodamoise Taxi Electric est la première société en Europe pouvant se targuer d’une flotte de taxis électriques à l’intention des clients et des sociétés. Les compagnies de taxis de l’aéroport d’Amsterdam Schiphol possèdent près de 170 taxis électriques, soit plus que n’importe quel autre aéroport au monde. L’aéroport s’est également doté de 35 bus électriques, alimentés par l’énergie produite par ses propres panneaux solaires.

Bien que les initiatives actuelles visant à mettre fin au cauchemar du trafic urbain ne soient qu’à l’état embryonnaire, elles sont déjà un succès pour des raisons économiques et environnementales et partant, constituent un segment en croissance très prometteur.

En tout état de cause, les gens aimeront toujours les voitures et la liberté qu’elles procurent lors de voyages. Or, comme le disait le lauréat du prix Nobel et philosophe Albert Camus, « la liberté n’est pas faite d’abord de privilèges, elle est faite surtout de devoirs ».

Source de l’image : Frederic Legrand – COMEO / Shutterstock.com
Alexandre Jeanblanc

Investment Specialist, SRI

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