Le singe sourira-t-il aux marchés émergents en 2016 ?

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Le rapport de printemps du Fonds monétaire international (FMI) sur les perspectives économiques mondiales, intitulé « Too slow for too long » (Trop lent depuis trop longtemps) réduit à 3,2 % ses perspectives de croissance du PIB pour 2016 et à 3,5 % pour 2017. Cependant, le rapport suggère aussi que les actions émergentes devraient surperformer leurs homologues des marchés développés cette année. Examinons de plus près cette hypothèse.

Premièrement, le FMI table sur une croissance du PIB nominal et réel plus rapide dans les économies émergentes (ME) que dans celles du monde développé (MD) après la fin de l’année 2016. Le différentiel de croissance entre les deux zones, qui s’est resserré d’un peu plus de 6 % en 2009 à environ 2 % l’année dernière, était l’une des principales causes de sous-performance des actions émergentes par rapport aux actions développées. Tout élargissement de l’écart de croissance, même modeste, devrait donc soutenir les premières au détriment des secondes (graphique 1).

Graphique 1 : Écart de croissance du PIB réel et nominal entre les ME et les MD

real and nominal gdp growth em to dm

Source: Thomson Reuters, au 9 mai 2016.

Deuxièmement, la croissance plutôt modérée et l’inflation contenue dans les marchés développés soutiennent le maintien de politiques monétaires très accommodantes. Aux États-Unis, le FMI table sur une inflation d’à peine 1,5 % en moyenne d’ici à 2017, contre seulement 0,8 % en 2016. Pour le Japon et l’Union européenne, il prévoit que l’inflation annuelle se hisse très doucement à un peu plus de 1 % en 2017, soit un niveau largement inférieur aux objectifs respectifs des banques centrales. Il entend ainsi souligner l’absence de catalyseur solide en faveur d’une augmentation notable des rendements dans les pays développés ou du dollar américain, ce qui signifie que les coûts de financement des marchés émergents ne devraient pas descendre beaucoup plus bas que leurs niveaux actuels, voire pas du tout. D’autant que la liquidité mondiale devrait rester abondante et rendre la quête de rendement cruciale à présent que les rendements des principales obligations souveraines sont proches de zéro, voire négatifs, tandis qu’ils sont remontés à des niveaux plus intéressants dans de nombreux pays émergents. L’Argentine est un bon exemple de cette soif insatiable de rendement. Mi-avril, la première émission souveraine du pays depuis plus d’une décennie, d’un montant de 16,5 milliards d’USD, a été la plus grande vente de dette émergente jamais enregistrée, et elle a été quatre fois sursouscrite !

La modeste reprise des prix des matières premières devrait soutenir les marchés émergents (ME)

Troisièmement, les prix des matières premières, et en particulier du pétrole, pourraient avoir touché un plancher. Bien entendu, dans un contexte de surcapacité et de stocks pléthoriques, toute hausse fondamentalement justifiée des prix des matières premières sera probablement lente et volatile. Pour autant, les experts de plusieurs secteurs, notamment le pétrole, sont de plus en plus optimistes. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que le marché du pétrole pourrait s’équilibrer dans le courant du second semestre 2016, car la demande mondiale augmente et la production américaine baisse de plus en plus (Rapport de l’AIE sur le marché du pétrole, le 14 avril 2016). En outre, selon les dernières prévisions du consensus de Bloomberg, les prix des métaux de base et de l’agriculture devraient toucher le fond au second semestre 2016, même si leur rebond sera probablement très volatil et progressif. Malgré que les matières premières représentent à présent environ 11 % des marchés boursiers émergents, contre un peu plus de 30 % il y a quelques années, même une modeste dynamique positive de ces dernières soutiendrait selon nous fortement la classe d’actifs en général, et les exportateurs de matières premières en particulier (graphique 2).

Graphique 2 : Indices régionaux des actions émergentes et des matières premières

commodities and emerging equities

Source: Thomson Reuters Datastream, au 9 mai 2016.

Quatrièmement, les économistes et le FMI ont revu à la hausse leurs perspectives de croissance du PIB de la Chine. Le FMI estime à présent qu’elle progressera de 6,5 % en 2016 et de 6,2 % en 2017, soit 0,2 point de pourcentage de plus par rapport aux prévisions de janvier. Cet optimisme envers la croissance chinoise n’est guère surprenant. Les détails du 13e plan quinquennal révèlent que la Chine donnera la priorité à la croissance aux dépens des réformes durant les prochaines années dans le but de développer l’économie réelle d’au moins 6,5 % chaque année jusqu’en 2020. Comme en témoigne l’expansion massive du crédit, les nombreux incitants budgétaires et l’assouplissement monétaire, Beijing encourage à tout prix la croissance future, une politique qui commence à produire ses effets au niveau de l’activité. La Chine doit toutefois encore remédier à l’insoutenable endettement, car les problèmes de financement du secteur des entreprises commencent déjà à se manifester. Cependant, en l’absence de choc exogène, la Chine dispose d’une multitude d’outils pour postposer la nécessité d’entamer un désendettement douloureux et des réformes difficiles « jusqu’à des jours meilleurs ». Dans un tel climat, et les comptes de capitaux étant toujours relativement bien maîtrisés, les craintes d’une forte dépréciation du renminbi ont complètement disparu également. En bref, la Chine n’est plus un facteur défavorable à la classe d’actifs.

La dynamique bénéficiaire semble s’améliorer

Cinquièmement, il semble que la dynamique de croissance bénéficiaire des marchés émergents s’améliore et évolue plus en ligne avec celle des marchés développés (graphique 3). Le resserrement progressif de l’écart de croissance des bénéfices entre les mondes développé et émergent semble plus probable que jamais depuis la crise financière mondiale, en particulier depuis que les économies émergentes disposent de marges de manœuvre monétaires et budgétaires globalement plus grandes que dans les pays développés.

Graphique 3 : Résultats prévisionnels relatifs ME vs MD

forward earnings em to dm

Source: Thomson Reuters Datastream, au 9 mai 2016.

Enfin, nous ne pensons pas que les valorisations influencent à elles seules un marché, du moins pas à court ou moyen terme, sauf à des niveaux extrêmes. Néanmoins, la décote notable des valorisations des marchés émergents par rapport à celles des marchés développés est certainement positive si la dynamique en faveur des actifs toujours délaissés s’améliore, comme c’est effectivement le cas actuellement, grâce aux facteurs mentionnés plus haut. Selon les calculs de l’Institute of International Finance (IIF) (EM Portfolio Flows Tracker de mars 2016 et Flows Alert, 29 mars 2016), les flux estimés des portefeuilles de non-résidents vers les marchés émergents ont atteint un record sur 21 mois de 36,8 milliards d’USD en mars, après un afflux de capitaux de 5,4 milliards d’USD en février, tant dans les actions que les obligations. Il est intéressant de noter que ces afflux de capitaux ont concerné toutes les régions émergentes en mars, l’Asie caracolant en tête avec 20,6 milliards d’USD.

Il y a certes des risques, mais les gouvernements des pays émergents prennent des mesures pour les éviter

Cette vision comporte bien entendu des risques. Le dollar américain, par exemple, semble survendu d’un point de vue technique. Compte tenu de l’amélioration des chiffres aux États-Unis, un rebond du dollar est donc plus que probable à court terme, ce qui risquerait de peser sur les prix des matières premières. L’accumulation ultra-rapide de la dette privée chinoise est davantage préoccupante, celle-ci ayant presque doublé au cours des 10 dernières années avec une brusque accélération ces derniers mois. Nous ne pensons pas que cet endettement massif entraîne un atterrissage brutal de l’économie, mais il pourrait clairement entraver la croissance une fois qu’il faudra entamer la phase de désendettement. Entre-temps, les craintes d’une dépréciation du yuan chinois pourraient ressurgir. Par ailleurs, une hausse soudaine des principaux taux, notamment aux États-Unis, compromettrait sans nul doute le scénario ci-dessus.

Toutefois, il est rassurant de constater que la plupart des gouvernements des pays émergents sont conscients de ces risques et qu’ils font le maximum pour les éviter. Ils renforcent leurs réserves de change, rachètent la dette extérieure, règlent les prêts non productifs, et ils sont nombreux à activement mettre en œuvre des réformes structurelles. Toutes ces mesures sont au moins aussi importantes pour l’évolution du marché que les divers facteurs favorables mentionnés plus haut.


La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus élevée à l’évolution des conditions de marché, celles-ci étant influencées par la situation sociale, politique et économique.

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte des fonds peuvent comporter un risque plus élevé.

Patrick Mange

Head of Investment Strategy for Emerging Markets

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