Le temps est venu de reconsidérer les actions européennes

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Nombreuses sont les places boursières, surtout aux États-Unis, à battre des records. Pourquoi les Bourses européennes semblent-elles à la traîne ? L’Europe ne plaît-elle plus aux investisseurs ? Jeroen Knol, gestionnaire de fonds senior de l’équipe European Large Cap Select Equities, explique pourquoi le Vieux Continent n’a pas dit son dernier mot. Les raisons sont suffisamment nombreuses pour réinvestir dans les actions européennes.

Les investisseurs ont cette impression – et c’est bien compréhensible – que les actions européennes possèdent un potentiel moins intéressant que les autres marchés. Or, les apparences sont trompeuses. Par rapport aux autres marchés, les États-Unis par exemple, la rentabilité et les bénéfices des entreprises européennes sont clairement à un point bas, mais cela ne signifie pas que le potentiel a disparu, bien au contraire.

Nous nous trouvons précisément à l’aube d’un rebond et c’est maintenant qu’il faut monter dans le train. Les marges d’exploitation évoluent actuellement sous les 8 %, un niveau qui correspond à une situation de crise. À la différence près que nous ne sommes pas en pleine crise. Au contraire, ces trois dernières années, plusieurs indicateurs économiques nationaux sont repartis à la hausse en Europe.

Graphique 1: Les marges opérationnelles moyennes sont extrêmement basses, en-dessous de 8%, ce qui est caractéristique d’une situation crise. Et pourtant, il n’y a pas de crise. C’est en effet plutôt le contraire : depuis trois ans, beaucoup d’indicateurs économiques européens sont à la hausse. Le graphique montre les variations de marges opérationnelles du MSCI Europe Index pour la période d’août 1985 à août 2016

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Source: Bloomberg, MSCI Europe au Septembre 2016

Les résultats d’entreprise devraient donc suivre cette tendance haussière ?

Certainement. Nous ne voyons aucun obstacle structurel à la rentabilité des entreprises européennes. Certes, le rebond suit un rythme modéré, mais nous sortons de la grave crise financière de 2008/2009 qui a laissé beaucoup de séquelles. Logiquement, il a fallu un certain temps pour que les banques centrales et les acteurs politiques prennent les mesures fortes nécessaires. De même, n’oublions pas que plusieurs causes de cette crise sont exogènes.

Par exemple, de nombreuses économies émergentes ont connu de grosses difficultés qui ont impacté les chiffres d’affaires et les bénéfices des grandes capitalisations européennes, précisément le segment des multinationales dans lequel nous investissons. Dans ces pays aussi, la reprise s’installe. En d’autres termes, on peut raisonnablement affirmer que, lorsque la croissance et l’inflation seront durablement lancées, les bénéfices en Europe repartiront à la hausse. Les Bourses européennes devraient ainsi rattraper leur retard.

L’investisseur malin veut naturellement anticiper cette reprise

C’est vrai, mais il ne faut pas se précipiter et investir tous azimuts. Certains secteurs ont déjà réalisé un beau parcours : c’est le cas de la consommation de base, notamment l’alimentation, les soins à la personne, les boissons et le tabac. Ces secteurs sont très prisés par les investisseurs qui se sentent presque obligés de cibler les entreprises affichant un chiffre d’affaires et un dividende stables compte tenu de la politique monétaire ultra-accommodante et des taux d’intérêt très bas. La quête de rendement a fortement alimenté la hausse des cours de ces entreprises.

En conséquence, les valorisations sont devenues relativement chères. Ces secteurs ne présentent généralement pas un gros potentiel selon nous. Nous préférons les secteurs plus cycliques des moyennes et grandes capitalisations. Ils sont généralement les premiers à profiter de la reprise économique. Nous procédons de la sorte depuis un an et demi environ et ce modus operandi correspond très bien à la philosophie d’investissement d’une approche axée sur la croissance.

Les valorisations boursières ne sont quand même plus l’unique critère aux yeux des investisseurs ?

Non, naturellement. Nous prenons comme point de départ la structure du marché où opère l’entreprise analysée et son positionnement dans ce secteur. Par expérience, nous savons que les entreprises bien positionnées dans un secteur très concentré – par exemple un leader de marché avec peu de concurrents – seront mieux armées pour maintenir ou accroitre leurs marges bénéficiaires à long terme.

Telles sont les entreprises dans lesquelles nous voulons investir pour une durée de quatre à cinq ans. Prenons l’exemple des entreprises leaders dans le secteur des matériaux de construction. Lorsque la croissance redémarre ou lorsque les dépenses d’investissement repartent à la hausse, ces entreprises libèrent tout leur potentiel.

Pouvez-vous donner d’autres exemples qui illustrent votre approche d’investissement ?

Oui, nous avons en portefeuille le titre Mediaset Espana Comunicacion tombé en disgrâce pendant la crise, comme beaucoup d’actions espagnoles. Or, cette entreprise est active dans un secteur en pleine consolidation. La faible valorisation du titre et l’activité de fusions qui bat son plein dans ce secteur confèrent un potentiel intéressant pour l’investisseur.

À titre d’exemple d’entreprise exposée aux marchés émergents, nous pouvons citer Standard Chartered. Malgré sa traversée du désert, la banque mérite sa place dans notre portefeuille en raison de son statut de leader dans un marché en croissance, celui des services bancaires internationaux pour les exportateurs asiatiques et africains. Avant de décider d’intégrer une action au portefeuille, nous analysons donc l’entreprise, sa position dans le secteur, son profil concurrentiel, ses perspectives de développement à long terme, les sources de croissance durable et l’historique de valorisation de sa trésorerie principalement.

Au vu de cette approche sélective, peut-on encore comparer la performance du fonds avec celle de l’indice de référence ?

Oui, dans une certaine mesure, car le portefeuille et l’indice de marché présentent quelques points communs en termes de composition. En revanche, notre approche d’investissement repose sur la sélection d’actions : nous investissons donc souvent à contre-courant, ce qui présente des avantages. Par exemple, au contraire de nombreux investisseurs, nous ne nous sommes pas précipités vers certaines valeurs dites refuge, car un tel mouvement de masse fait généralement s’envoler les valorisations.

Nous pouvons aussi suivre les turbulences de marché avec plus de recul, notamment celles alimentées par les risques politiques liés au Brexit. À ce propos, nous pensons que l’Europe ne se réduit pas à la question britannique. Les événements de ce genre affectent le moral des marchés, mais, comme nous l’avons expliqué, ils n’ont que peu d’influence sur les entreprises leaders dans leur secteur. Et c’est précisément ces valeurs que nous voulons intégrer au portefeuille.

En raison de votre approche contraire, la performance du fonds et celle de l’indice de marché ne suivent donc pas toujours des trajectoires parallèles ?

Certes, notre approche peut paraître conservatrice : son accent sur la recherche approfondie peut créer un certain décalage entre la performance du fonds et celle de l’indice de marché, mais ce qui compte pour nous, c’est de pouvoir offrir aux clients un portefeuille composé d’entreprises solides, qui affichent un rendement sur investissement élevé et stable sans payer un prix excessif au niveau de la valorisation.

En outre, nous ne restons pas insensibles aux opportunités créées par les turbulences de marché, mais nous ne suivons pas le troupeau. Notre processus d’investissement axé sur les résultats à long terme reste la pierre angulaire de notre portefeuille.

Nieck Ammerlaan

Senior web content editor & investment content writer

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