Les actions asiatiques sont-elles en position de force ?

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Nous pensons que des facteurs internes et externes, combinés à des valorisations relativement intéressantes, placent les actions asiatiques en position de force.

Alors que les sommets historiques des indices de référence S&P et Nasdaq propulsent le ratio cours/bénéfices de l’indice MSCI United States au-delà de sa moyenne historique sur 5 ans, certains investisseurs sont tentés de repenser leur portefeuille pour chercher des actifs aux valorisations plus attractives. En effet, l’anticipation d’une croissance faible et les craintes relatives aux problèmes de la dette non résolus de nombreux pays de la zone euro n’incitent pas les investisseurs à des achats en Europe pour l’instant, en particulier après le vif rebond du 1er trimestre 2015. Entre-temps, l’Amérique latine, le Moyen-Orient, l’Europe de l’Est et certaines régions d’Afrique, qui avaient encore les faveurs des investisseurs récemment, sont à présent également confrontés à une myriade d’obstacles qui refroidissent les investisseurs.

Même si les économies asiatiques font face à de nombreux défis, nous pensons que les valorisations relativement attractives pour la région et les catalyseurs domestiques offrent un plancher et placent la région en position de force. En outre, plusieurs facteurs externes favorisent sensiblement les actions asiatiques, notamment : la faiblesse des prix de l’énergie/matières premières, la souplesse de la Banque centrale européenne (BCE), qui est prête à injecter d’abondantes liquidités dans le circuit financier, ainsi qu’une reprise soutenue mais modérée de l’économie américaine qui stimule les exportations asiatiques.

Catalyseurs domestiques

Plusieurs économies asiatiques sont aussi confrontées à un ralentissement de leur croissance en raison de leur rééquilibrage en vue de s’aligner sur une croissance mondiale plus lente, considérée comme la nouvelle norme. Cependant, de nombreux progrès ont été réalisés ces dernières années, et plus particulièrement en 2014, avec plusieurs développements positifs. Le plus encourageant est de constater la détermination de bon nombre de gouvernements asiatiques à mener des réformes sur tous les pans de l’économie, y compris dans les domaines autrefois très sensibles et dominés par l’État. Cette tendance est particulièrement marquante en Chine, en Inde et en Indonésie, où de nouveaux dirigeants politiques réformistes ont pris le pouvoir. Les efforts des dirigeants japonais et coréens pour défendre un agenda de réformes plus que nécessaires méritent aussi d’être soulignés.

Il est à noter qu’en dépit d’un ralentissement de la croissance de plusieurs économies asiatiques, les pays d’Asie hors Japon restent en tête du classement de la croissance mondiale du PIB. Selon le Fonds monétaire international (FMI), et de l’avis général, une moyenne de 5 à 6 % de croissance du PIB réel dans l’Asie hors Japon est prévue, soit bien plus que les 2 à 3 % de croissance estimés pour les États-Unis, et le 1 % de la zone euro.

Il convient aussi de mentionner que les entreprises asiatiques disposent d’une trésorerie abondante. Les liquidités reprises dans leurs bilans se rapprochent de 1 000 milliards d’USD, ce qui ouvre la voie à une hausse potentielle des dividendes, à des rachats d’actions et à des opportunités d’accroître la valeur de l’actionnariat via des acquisitions relatives, ce qui ravira les actionnaires.

Catalyseurs externes

Une reprise économique soutenue aux États-Unis devrait permettre de doper les exportations de nombreux pays asiatiques, notamment le Japon, la Corée, Taïwan, la Chine, Hong Kong et Singapour. En outre, l’assouplissement quantitatif de la BCE devrait injecter une masse de liquidités dans le circuit financier et profiter aux actions mondiales. Selon nous, les marchés asiatiques émergents seront les principaux bénéficiaires de l’afflux de liquidités compte tenu de la structure de marché à bêta supérieur inhérent de la région.

En tant qu’importateur net de matières premières et de produits énergétiques, l’Asie profite largement de la récente faiblesse des prix des matières premières. Étant donné les forces structurelles entre l’offre et la demande sur le marché mondial des matières premières et la croissance mondiale plus lente, considérée comme la nouvelle norme, nous pensons que les cours des matières premières resteront comprimés pendant quelque temps. Cette faiblesse a été très positive pour l’Asie à plusieurs égards. Tout d’abord, la baisse du coût de production des entreprises asiatiques a déjà et continuera à soutenir les marges.

L’effondrement des prix des matières premières a été un facteur déflationniste majeur sur la scène internationale et asiatique. Le contexte de taux faibles a permis à plusieurs économies (c.-à-d. l’Indonésie, l’Inde et la Chine) de réformer les prix de l’énergie et des services publics axés sur les ressources. À la suite de la récente réforme des prix de l’énergie mise en œuvre en Inde et en Indonésie, ces deux économies bénéficient à présent d’une situation budgétaire bien meilleure qui les rend moins vulnérables face à une prochaine normalisation des taux américains.

Par ailleurs, les pressions désinflationnistes ont permis à de nombreuses banques centrales asiatiques de réduire leurs taux directeurs pour soutenir la croissance. En réalité, le net recul généralisé de l’inflation dans toute la région a apporté plus de souplesse dans bien des économies (Japon, Chine, Inde, Corée, Thaïlande, Indonésie, Singapour et Australie). Parallèlement, même si les banques centrales de Taïwan, de Malaisie et des Philippines ne se montrent pas plus accommodantes pour l’instant, elles ne durciront pas le ton de sitôt. Bien au contraire, si les pressions désinflationnistes persistent (ce que nous prévoyons), la politique monétaire de ces économies pourrait s’assouplir.

Les opportunités

Les perspectives des actions asiatiques restent très favorables. Nous pensons qu’il est même fort probable que cette classe d’actifs surperforme de nombreux marchés d’actions mondiaux en 2015. En Asie, nous percevons les opportunités suivantes :

  • Le Japon reste l’un de nos marchés de prédilection. La faiblesse du yen devrait continuer de soutenir les exportateurs japonais dans un contexte d’assouplissement monétaire par la Banque du Japon. Nous percevons de nombreuses opportunités liées aux technologies, notamment dans les équipements médicaux, l’automatisation industrielle et la robotique. Certains signes annonciateurs de plans de restructuration d’entreprise sont également encourageants. Il faudra du temps pour changer des décennies de normes et de comportements culturels profondément enracinés, mais les premiers signes sous la direction du Premier ministre Shinzo Abe sont prometteurs.
  • L’Inde fait aussi partie des favoris et nous tablons sur une réévaluation à moyen terme. Les deux récentes baisses de taux par la banque centrale indienne sont de véritables tremplins pour la croissance. La consommation à long terme continue d’évoluer sans heurt et nous pensons qu’une augmentation de la richesse des ménages stimulera la consommation dans des secteurs économiques peu sollicités. Entre-temps, le gouvernement Modi continue d’accélérer le rythme des réformes structurelles et d’améliorer le contexte politique.
  • La Chine a l’avantage d’être l’un des marchés les plus abordables d’Asie-Pacifique. L’urbanisation et la richesse croissante de ce pays favorisent la consommation à moyen terme. L’assouplissement imminent de la Banque populaire de Chine devrait profiter aux actions malgré une croissance molle. L’endettement public excessif et la fragilité du marché immobilier sont en revanche toujours sources de préoccupation.
  • L’Australie reste face à des vents contraires en raison de la faiblesse des prix des matières premières, mais l’économie se porte mieux que d’aucuns pourraient penser. Nous privilégions les domaines liés à la consommation, comme le transport (aéroports et routes à péage), les soins de santé, les télécommunications et les services aux collectivités. L’énergie et les matériaux de base demeurent très risqués, hormis du côté des grandes sociétés minières diversifiées, qui génèrent toujours d’importants flux de trésorerie malgré les prix bas des matières premières. Nous apprécions aussi quelques banques, dont les rendements sont très intéressants et qui opèrent dans une structure de marché oligopolistique qui leur donne un excellent pouvoir de fixation des prix.
  • Dans la région ASEAN, nos perspectives pour les actions indonésiennes demeurent très positives. Les réformes en cours pour redresser le bilan du pays sont bénéfiques pour le pays sur le long terme. Nous privilégions les banques en raison de la faible pénétration du marché du crédit du pays et de la structure oligopolistique du secteur. L’accélération des projets d’infrastructure sera le prochain grand défi du président Joko Widodo. S’il réussit, les actions indonésiennes devraient connaître une nouvelle grande année. Nous sommes aussi optimistes envers les Philippines. Compte tenu des récents risques inflationnistes et du regain de la croissance, ce marché devrait rester porteur, bien que les valorisations actuelles soient moins intéressantes que les autres dans la région.

Nous nous montrons plus prudents envers la Corée du Sud et les secteurs non technologiques de Taïwan. Pour la première, la faiblesse du yen japonais restera un obstacle à l’exportation. La consommation intérieure n’est pas non plus très vigoureuse. Le gouvernement semble résolu à avancer dans les réformes et les valorisations actualisées devraient soutenir les actions. À Taïwan, la croissance domestique stagne également, mais l’inflation n’est plus un problème. Les catalyseurs positifs sont rares selon nous pour ce marché en général, et nous préférons continuer d’investir dans certains leaders de la technologie.

Les valorisations restent attrayantes d’un point de vue régional. En dépit de la récente performance pluriannuelle solide de plusieurs pays asiatiques, dont certains ont battu des records, les valorisations restent raisonnables et les indices MSCI Asia ex-Japan index et MSCI Asia Pacific se situent toujours à proximité de leur ratio cours/bénéfices moyen sur 5 ans (sur la base des estimations prévisionnelles du consensus sur 12 mois). De surcroît, les entreprises asiatiques offrent parmi les meilleurs rendements du marché. Si la récente performance du marché est une indication, les investisseurs semblent s’accorder sur le fait que l’Asie pourrait bien être en position de force.

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Hue Lu

Senior Investment Specialist, Asia Pacific and Greater China equities

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