Au lendemain du Brexit, les marchés émergents constituent-ils un refuge ?

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• Depuis la réaction à chaud des marchés à l’issue du référendum britannique, les actifs des marchés émergents (ME) se comportent extrêmement bien.

• Selon nous, le Brexit n’aura pas ou quasiment pas d’impact sur les pays émergents d’un point de vue macroéconomique.

• Les meilleures opportunités se trouvent dans les ME d’Amérique du Sud et du Moyen-Orient, qui présentent une moindre dépendance envers la demande européenne.

• Les taux d’intérêt américains peuvent représenter un obstacle potentiel pour les actifs obligataires des marchés émergents.

Après une première réaction à chaud face au résultat du référendum, l’aversion pour le risque s’est dissipée et la plupart des marchés émergents ont effacé leurs pertes. Si la réaction des investisseurs s’explique d’abord par la peur, beaucoup y ont ensuite vu l’occasion de réorganiser leur allocation aux obligations émergentes, dont la plupart des indices ont nettement progressé depuis le référendum.

Paradoxalement, le vote des Britanniques a précipité les flux d’investissement vers les actifs émergents, car ces derniers offrent une échappatoire par rapport à l’incertitude qui plombe l’Europe grâce à la fois à un portage positif et à une duration sous-jacente plus avantageuse. Naturellement, l’idée que les obligations émergentes puissent être un « marché sûr » frise le ridicule, mais géographiquement parlant les marchés émergents sont effectivement loin de l’épicentre des risques économiques et politiques en Europe. Globalement, les pays émergents sont peu exposés au Royaume-Uni : leurs exportations vers le sol britannique ne représentent que 0,6 % du produit intérieur brut (PIB) de l’ensemble des ME.

Les plus sensibles seront ceux qui entretiennent des liens étroits avec l’Europe, d’où la nécessité de rester attentif à l’évolution de la situation à moyen terme pour le reste de l’UE. Sur le plan régional, l’Amérique latine et le Moyen-Orient offrent les meilleures opportunités grâce à leur dépendance faible envers l’Europe en termes d’exportations, et grâce à des spreads de dette souveraine (par rapport aux bons du Trésor) toujours élevés depuis le choc pétrolier de 2014-15.

L’appétit insatiable des investisseurs pour la duration et le crédit continue de soutenir la dette en devise forte d’un point de vue technique, d’autant que le calendrier des émissions devrait être moins chargé d’ici la fin de l’année. Malgré une compression sensible depuis février, les spreads demeurent historiquement élevés et pourraient possiblement s’établir dans une fourchette de fluctuation plus basse durant le second semestre. Les courbes de crédit sont toujours pentues même après l’inversion du mois de juin, et elles peuvent se normaliser si les flux d’investissement perdurent. Plus surprenant, les devises émergentes elles-aussi ont le vent en poupe grâce à un environnement globalement favorable au portage d’intérêts et parce que depuis le vote Brexit, les investisseurs tablent sur un statu quo prolongé du Federal Open Market Committee (FOMC).

À la une, les anecdotes positives sur les marchés émergents éclipsent les mauvaises, et les changements de nature idiosyncrasique sont à peine pris en compte. Les investisseurs viennent de « découvrir » un nouveau marché appelé Argentine ; le Brésil est de nouveau sur la bonne trajectoire, les cours pétroliers se redressent et du Mexique à l’Arabie Saoudite, les obligations des entreprises de pays producteurs de pétrole ne sont plus en zone de danger. En fait, il y a même un pays émergent qui bénéficie ostensiblement du Brexit : c’est la Russie, qui sait qu’une Europe divisée sera moins encline à lui infliger de nouvelles sanctions.

Graphique 1 : après le ‘Brexit’, les actifs des marchés émergents ont bien performé – le graphique ci-dessous illustre une situtation plutôt calme – la volatilité des actions des marchés émergents a baissé depuis le 24 juin (le graphique montre l’indice de volatilié de l’ETF des marchés émergents pour la période du 1er juin 2016 au 25 juillet 2016)

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Que manque-t-il dans ce tableau idyllique ? Quels sont les risques pour les investisseurs ? En ce qui nous concerne, nous sommes d’abord préoccupés par un autre marché développé qui, étrangement, a lui-aussi subi des décollectes au profit des obligations émergentes : il s’agit des États-Unis, et notre inquiétude porte en particulier sur les taux d’intérêt.

Aujourd’hui les rendements des bons du Trésor sont historiquement faibles alors que l’inflation des prix des actifs est forte, l’indice sous-jacent des prix à la consommation personnelle (PCE) est élevé et les salaires américains progressent selon toute évidence. Transposons-nous un an plus tard, et l’on peut tout à fait envisager une économie américaine appuyée sur des bases solides, une inflation en hausse, un marché immobilier en surchauffe et des mesures de relance budgétaire de la part du nouveau ou de la nouvelle Président(e). Autant de facteurs qui justifieraient un relèvement des taux de la Fed et nécessiteraient alors une réévaluation de la courbe des taux sous-jacente. [divider] [/divider]

Cet article a été écrit par L. Bryan Carter, responsable de la gestion de la dette des marchés émergents,  le 19 juillet 2016 à New York


La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus élevée à l’évolution des conditions de marché, celles-ci étant influencées par la situation sociale, politique et économique.

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte des fonds peuvent comporter un risque plus élevé.

L. Bryan Carter

Head of Emerging Markets Fixed Income

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