L’Inde : l’économie la plus florissante du monde peut-elle maintenir le rythme ?

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La croissance du PIB de l’Inde s’est envolée à 7,9 % en rythme annuel au premier trimestre 2016, contre 7,2 % le trimestre précédent. Sur l’ensemble de l’exercice financier à fin mars 2016 (FY2016), l’économie indienne a enregistré une progression de 7,6 %, ce qui fait d’elle la plus florissante du monde.

Une croissance tirée par la consommation privée

Le principal moteur de cette croissance est la consommation privée, qui représente 56 % du PIB indien. Elle reste soutenue malgré la faiblesse de l’économie rurale à la suite de deux années consécutives de moussons inférieures à la moyenne. Conformément à sa volonté de consolider son budget, l’objectif de déficit budgétaire du gouvernement de 3,9 % du PIB pour l’exercice 2016 a largement été atteint, et les dépenses publiques sont, comme prévu, restées faibles à 2,2 % en rythme annuel. Le fléchissement des dépenses en capital privé a entraîné une augmentation de la formation brute de capital fixe à 3,9 % en rythme annuel.

Bien que louable, il est raisonnable de se demander si un rythme de croissance de 7,9 % peut-être tenu sur le long terme.

Catalyseurs à court terme : la consommation et la mousson

À court terme, la croissance devrait avoir deux principales sources. La mise en œuvre des recommandations de la Commission sur les salaires (cf. notre note ici) entraînera une augmentation des salaires de la fonction publique, soit un soutien d’environ 1 000 milliards d’INR (15 milliards d’USD) qui devrait stimuler la consommation urbaine. Dans l’Inde rurale, les premières estimations prévoient une saison de mousson supérieure à la moyenne, ce qui atténuerait la pression exercée sur l’économie rurale.

Catalyseur à long terme : une croissance démographique favorable

L’Inde connaît une évolution démographique favorable. En outre, avec 52 % de sa population âgée de moins de 25 ans, l’Inde bénéficie d’un ratio de dépendance en baisse, très favorable à la croissance à long terme.

Pour autant, cette aubaine démographique pourrait se transformer en fardeau si des opportunités d’emploi adéquates ne sont pas créées. Chaque année, près de 12 millions de jeunes Indiens entrent sur le marché du travail. Dans cette optique, le gouvernement a lancé le programme « Skill India » dans le but d’offrir un perfectionnement des compétences basé sur les résultats afin de faciliter l’employabilité des jeunes et de leur permettre de gagner décemment leur vie.

Amélioration de la stabilité macroéconomique

Une des premières réalisations du gouvernement et de la Banque centrale d’Inde, sous la direction du gouverneur Dr Rajan, a consisté à rétablir la stabilité macroéconomique du pays. Considéré il y a moins de cinq ans comme l’un des cinq pays émergents les plus fragiles, sa stabilité macroéconomique s’est nettement améliorée : l’inflation est tombée à 5,4 %, le déficit courant a baissé à 1,3 %, le déficit budgétaire est maîtrisé à 3,9 % et les réserves de change atteignent un record de plus de 350 milliards d’USD, soit de quoi couvrir plus de 10 mois d’importations.

Graphique 1 : La stabilité macroéconomique en Inde devrait le favoriser par rapport aux autres marchés émergents

macroeconomic variables

Source : Axis Capital, BNPP IP, au 31 mai 2016. CAD: Déficit courant; IIP : indice de la production industrielle.

Note : points rouges = plus haut/plus bas sur la période avril 2012 à mars 2014 ; points verts = valeurs actuelles.

Développement des infrastructures axé sur les réseaux routier et ferroviaire

Un bon réseau d’infrastructures est crucial pour alimenter et soutenir la croissance. Dans ce cadre, le gouvernement se concentre sur deux grands axes : les routes et les voies ferrées. Pour l’exercice financier de 2017, le budget alloué aux routes augmente de 25 % à 8 milliards d’USD en rythme annuel, tandis que les dépenses d’équipement dans le réseau ferroviaire indien ont augmenté de 30 % en rythme annuel à 6,6 milliards d’USD. Un réseau de transports bien développé devrait à la fois réduire les coûts de logistique et avoir un effet multiplicateur par un développement de l’immobilier et la création de nouvelles possibilités d’emploi.

Pour faire face à l’urbanisation rapide de l’Inde, le gouvernement a aussi lancé le programme « Smart City », dont l’objectif est de promouvoir les villes qui offrent des infrastructures de base et une bonne qualité de vie à ses citoyens (cf. notre article aux pages 6-7 de Mumbai Monitor du 2e trimestre).

Promouvoir l’efficacité et la croissance inclusive

Alors que des infrastructures de qualité sont fondamentales pour que l’Inde bénéficie de tout son potentiel de croissance, il convient de s’assurer que les bénéfices de ce développement ne profitent pas qu’aux nantis, laissant de côté les plus démunis. La lutte contre la corruption a ainsi été une des priorités du gouvernement. Le programme « Direct Benefit Transfer » (DBT) constitue une initiative de réforme importante pour réduire les intermédiaires et offrir des aides directes (alimentation, engrais et combustible de cuisson) à ceux qui en ont besoin. Ce programme a été rendu possible par la mise en place du programme « Aadhaar », qui octroie un identifiant (UID) unique à tous les citoyens. Actuellement, plus d’un milliard d’Indiens possèdent déjà une carte « Aadhaar ». La mise en œuvre du programme DBT est soutenue par le programme « Jan Dhan Yojana » du gouvernement, qui encourage l’intégration financière en offrant l’accès aux installations et services bancaires de base à tous les ménages.

L’Inde devient trop importante pour être ignorée

Ces initiatives, combinées à plusieurs réformes visant à faciliter les affaires en Inde, devraient assurer la création d’emplois et une forte croissance durable, qui pourraient propulser le pays de la 7e place au rang des 5 plus grandes économies du monde dans les cinq prochaines années, voire dans le top 3 d’ici 20 ans.

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La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus élevée à l’évolution des conditions de marché, celles-ci étant influencées par la situation sociale, politique et économique.

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte des fonds peuvent comporter un risque plus élevé.

Anand Shah

Chief Investment Officer at BNP Paribas Mutual Fund – India

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