Quel sera l’effet Trump sur les actifs émergents

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La croissance remonte, les actions se sont envolées, des mesures de relance pointent à l’horizon, et avec elles l’inflation, les matières premières rebondissent et la Réserve fédérale (Fed) semble appelée à poursuivre son durcissement.

Retour en arrière

Nous sommes en 2004, et les actifs émergents entrent dans une période faste de performance à deux chiffres sur plusieurs années.

Malgré les remous et les incertitudes provoqués par la crise financière, une élection litigieuse, des attaques terroristes et un climat géopolitique incertain, la simple accélération de la croissance économique mondiale, induite par les mesures de relance des États-Unis, est l’élément clé de l’année 2004. Cet environnement a en effet suffi largement à dynamiser les performances des marchés émergents (ME). Si la Fed durcit le ton pour de « bonnes » raisons, la croissance, et donc les actifs émergents, poursuivront sur leur lancée. Alors que l’inflation s’installe, jusque dans les économies émergentes, l’incertitude fait place à la confiance et entraîne un rebond tardif classique des opérations de portage et de valeur.

Les similitudes avec notre environnement actuel sont encore bien plus nombreuses. Nous sommes à un stade avancé du cycle économique, où le levier budgétaire tant attendu suscite l’espoir et où l’inflation ressemble à un tas de petit bois sec auquel il manque juste une allumette. À la suite des résultats surprenants des élections américaines la semaine dernière, nous restons confiants sur les obligations émergentes, considérant que les politiques accommodantes des États-Unis finiront par être un moteur de demande et de réflation de la production mondiale.

Quelles répercussions sur le Mexique et la Chine

Soyons clairs : nous n’adhérons pas aux idées de Trump pas plus que nous ne tolérons sa réthorique outrancière. Toutefois, si l’on prend ses propos au pied de la lettre, quel sera l’impact des politiques étrangères et commerciales du président nouvellement élu sur certains pays ? Nous sommes à cet égard en terre inconnue. Jamais auparavant un nouveau président n’avait fondé sa campagne sur des politiques économiques aussi spécifiques à l’égard de marchés inattendus. En bref, Trump a utilisé deux boucs émissaires dans le cadre de son programme populiste, avec des répercussions très différentes pour chacun : le Mexique et la Chine.

Concernant le Mexique, Trump a avancé trois propositions : construire un mur à la frontière, qui serait financé par un embargo sur les envois de fonds des travailleurs expatriés, l’expulsion rapide de millions de travailleurs mexicains et la suppresion ou la négociation de l’accord de libre-échange des États-Unis. Si ces mesures devaient voir le jour, elles entraveraient gravement les revenus et services du Mexique, réduiraient durement la production mexicaine et le taux de croissance des exportations, et fragiliseraient sensiblement la balance des paiements du pays. Par conséquent, le pays risquerait de basculer dans une nouvelle crise Tequila, qui cette fois ne serait pas stoppée mais provoquée par les États-Unis.

Aussi inimaginable qu’il y paraît, ces politiques n’impacteraient pas directement les économies sud-américaines (Brésil, Colombie et Pérou). En réalité, ces pays exportateurs de matières premières profiteraient considérablement de la hausse potentielle des prix de l’énergie et des métaux et n’entretiennent que très peu de relations financières et commerciales avec le Mexique. Les exportations de produits manufacturés de l’Amérique du Sud vers les États-Unis sont négligeables, ce qui signifie que ces pays auraient peu à perdre en cas de protectionnisme dur des États-Unis. En résumé, certains pays seraient touchés sans que cela n’affecte l’ensemble des actifs émergents latino-américains.

Graphique 1: les exportations mondiales vers les Etats-Unis montrés en pourcentage de PIB

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Source: IMF Direction of Trades Statistics au 31/12/2015

Quant au second bouc émissaire, la Chine, les propositions de Trump s’articulent sur deux axes : qualifier officiellement le pays de manipulateur du marché des changes et augmenter unilatéralement les tarifs. Concernant le premier point, Trump a, semble-t-il, pour objectif d’imposer un taux de change flottant, ce vers quoi la Chine s’oriente déjà et semble disposée à adopter. Bien géré, ce changement ne pénaliserait pas l’économie chinoise, vu que de nombreux indicateurs classent actuellement le RMB comme l’une des monnaies les plus surévaluées au monde. Pour le second point, l’augmentation des tarifs d’importation aurait un impact économique catastrophique, non seulement pour la Chine, mais aussi pour une bonne partie des pays asiatiques industrialisés.

Une brusque augmentation de la taxe sur les exportations chinoises aurait pour effet de paralyser l’industrie chinoise de la manufacture, perturber la chaîne d’approvisionnement asiatique et pourrait provoquer un ralentissement grave de plusieurs économies. En revanche, d’autres pays émergents, non soumis aux mêmes sanctions, pourraient en profiter. Plusieurs producteurs ont déjà souffert de la hausse des coûts de la main-d’œuvre en Chine et l’augmentation des tarifs pourrait les inciter à partir. Les producteurs régionaux à bas prix, comme le Vietnam et l’Inde, pourraient dès lors obtenir plus de travail, tandis que d’autres régions, comme l’Afrique et l’Amérique du Sud accueilleraient à bras ouverts l’industrie manufacturière. Une fois de plus, il s’agira davantage d’une réévaluation ciblée des actifs de certains pays seulement.

En conclusion

Nous nous étonnons du recul généralisé des marchés émergents et considérons qu’il s’agit là d’une opportunité d’achat de nombreux actifs. Même si des nouvelles négatives sont à prévoir lorsque Trump entrera en fonction en janvier, et que les politiques seront officialisées, en particulier envers certains « boucs émissaires », nous pensons que la plupart des marchés émergents seront épargnés et au final plus attractifs d’un point de vue cyclique.

Dans le domaine de l’investissement, le timing est crucial et nous attendons un point d’entrée opportun pour concrétiser notre vision. Le contexte de marché actuel a selon nous injustement pénalisé les spreads de crédit, qui reviennent généralement à la moyenne et restent insensibles aux politiques économiques. La volatilité des marchés des changes est plus compréhensible étant donné les mouvements des bons du Trésor américain et le réajustement des attentes relatives aux taux d’intérêt.

Toutefois, nous recherchons dans ce cas aussi un point d’entrée cyclique. Comme d’autres fois auparavant, dans de nombreux marchés, le « bruit politique » se limite à cela : du bruit. N’oublions pas que les institutions du monde entier et leur connexion sont plus fortes qu’un seul homme et que les économies sauront s’adapter et résister, quels que soient les changements politiques futurs.


La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus élevée à l’évolution des conditions de marché, celles-ci étant influencées par la situation sociale, politique et économique.

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte des fonds peuvent comporter un risque plus élevé.

L. Bryan Carter

Head of Emerging Markets Fixed Income

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