Redressement des actions émergentes : matières premières uniquement ?

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Après des années de sous-performance, les marchés émergents surpassent leurs homologues des pays développés depuis le début de l’année.

Le 6 mai, l’indice MSCI Emerging Markets dépassait de presque 3 % l’indice MSCI World (en devises locales). Les investisseurs inquiets se demandent toutefois si cette surperformance ne serait pas essentiellement attribuable au rebond des prix des matières premières, et si les actions émergentes suivraient un recul éventuel de ces derniers.

La première question est de savoir si les marchés émergents dépendent vraiment des matières premières, comme les investisseurs sont nombreux à le penser. C’est n’est cependant pas le cas. En considérant que les exportations de marchandises et les matières premières ont une proportion équivalente (25 %) dans les marchés émergents et dans les pays développés (en ne tenant compte que des pays émergents présents au sein de l’indice MSCI EM et sur la base des chiffres de l’exportation de la Banque mondiale pour 2014). La manufacture représente le reste.

Les actions émergentes ne sont pas beaucoup plus exposées aux matières premières que celles du monde développé. Les secteurs de l’énergie et des matériaux de base sont plus présents dans l’indice MSCI Emerging Markets que dans le MSCI World (14,8 % vs 11,4 %), soit une différence nettement moins notable que la surpondération des finances (7,4 %) ou la sous-pondération des soins de santé (-10,3 %, cf. graphique 1).

Graphique 1 : Pondérations sectorielles relatives, actions émergentes vs actions développées

relative sector weights

Source : MSCI, BNP Paribas Investment Partners. Données au 6 mai 2016.

Les marchés émergents seraient indirectement exposés aux matières premières via le secteur financier relativement plus grand, car les banques émergentes disposent d’une plus grande part de prêts aux entreprises liées à l’énergie et aux matériaux de base que les banques du monde développé. C’est notamment le cas de la Chine. Dès lors, à toutes choses égales, d’aucuns pourraient penser que les actions émergentes sont légèrement plus sensibles aux fluctuations des prix des matières premières.

Lors du rebond des marchés émergents de cette année, le secteur des matières premières des pays émergents a en effet surpassé celui des pays développés de 3,3 %, mais les secteurs non liés aux matières premières ont aussi surperformé, mais dans une moindre mesure, à savoir 1,4 %. Malgré la corrélation raisonnablement élevée entre la surperformance des actions émergentes et les prix des matières premières (59 % depuis le début de l’année), les marchés émergents sous-performent depuis début avril, alors que les prix des matières premières se sont envolés (cf. graphique 2).

Graphique 2 : Performances relatives des marchés émergents et matières premières

em sector relative returns

Source : MSCI, BNP Paribas Investment Partners. Données au 6 mai 2016. Note: Performance totale en devises locales, indice MSCI Emerging Markets vs indice MSCI World

Le rebond des prix des matières premières a permis aux secteurs de l’énergie et des matériaux de base des pays émergents et développés de surperformer les autres secteurs du marché, mais tous les secteurs ont largement surpassé les niveaux de mi-février. À présent, il convient de savoir ce qui pourrait encore amener les actions émergentes à surperformer. Comme nous l’avons indiqué dans un récent article (cf. Weekly Intelligence Report du 5 avril 2016 « Les actions émergentes sont-elles bon marché » ?), les valorisations des marchés émergents sont comparativement plus faibles que celles des marchés développés, bien que l’essentiel de cette décote se concentre en Chine et dans les valeurs financières, où ce niveau plus bas se justifie. Les perspectives de croissance bénéficiaire à long terme des marchés émergents restent favorables, car les marges sont toujours largement inférieures à la moyenne. À court terme, tout signe de relèvement des taux plus tôt que prévu par la Fed risque de peser à nouveau sur la performance relative des devises et actions émergentes. Toutefois, il est plus encourageant et pertinent de constater que l’écart de la rentabilité relative des entreprises émergentes commence à se réduire et que cela ne concerne pas uniquement les secteurs liés aux matières premières.

En dépit de la récente sous-performance des actions émergentes, tous les secteurs se sont mieux comportés que ceux des pays développés cette année, de sorte que le rebond du monde émergent ne se limite pas aux matières premières. Comparativement, les valorisations sont attrayantes et la rentabilité de nombreux secteurs augmente. La hausse de taux d’intérêt aux États-Unis ou un choc venu de Chine risquerait de compromettre cette reprise. Néanmoins, nous pensons que les actions émergentes continueront de surperformer cette année.


La valeur des investissements et les revenus qu’ils génèrent peuvent enregistrer des hausses comme des baisses et il se peut que les investisseurs ne récupèrent pas leur investissement initial.

Investir dans les marchés émergents ou dans des segments de marché spécialisés ou restreints peut présenter une volatilité supérieure à la moyenne en raison de la forte concentration de leurs positions, d’un degré d’incertitude plus élevé reflétant le manque d’informations disponibles, de leur liquidité plus faible ou de leur sensibilité plus élevée à l’évolution des conditions de marché, celles-ci étant influencées par la situation sociale, politique et économique.

Certains marchés émergents offrent moins de sécurité que la plupart des marchés développés internationaux. Par conséquent, les services de transaction, de liquidation et de conservation du portefeuille utilisés pour le compte des fonds peuvent comporter un risque plus élevé.

Daniel Morris

CFA, Senior Investment Strategist

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