Une nouvelle criminalité : le vol d’eau

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Dans l’État de Californie, un genre nouveau de criminalité a vu le jour récemment : le vol d’eau. La presse locale rapporte que, régulièrement, des camions-citernes sont volés, des cours d’eau détournés, des puits asséchés, des réservoirs siphonnés.

Pourquoi un délit qui peut paraître relever de l’incongru, voire même de l’absurde, en est arrivé, en Californie, à devenir un fait récurrent ? La raison en est que la sécheresse qui sévit dans la région depuis plus de 3 ans a engendré des problèmes aigus d’accès à l’eau. Toute la population est concernée, du simple citoyen aux grands exploitants agricoles. En date du 26 mai 2015, on relevait que plus de 90 % du territoire californien souffrait d’une sécheresse sévère (voir la carte) et près de 50 % d’une sécheresse exceptionnelle.

De surcroît, après 3 années de précipitations anormalement maigres, les nappes phréatiques sont à des niveaux très bas. Elles reçoivent moins d’eau qu’il n’en est extrait ; cela réduit évidemment les marges de manœuvre des régulateurs. Pire, il semble que la situation n’est pas prête de s’améliorer dans les prochains mois. Le manteau neigeux des montagnes alentour de la Sierra Nevada, estimé le 1er avril de cette année, a un contenu en eau de seulement 5 % de ce qu’il a en moyenne. L’hiver 2015 a été l’hiver le plus sec de l’histoire de la Californie, ce qui est de mauvaise augure pour l’état futur des nappes phréatiques, puisque celles-ci se remplissent avec la fonte des neiges (le second hiver le plus sec remonte à l’année 1950 pour laquelle le contenu en eau du manteau neigeux était de 25 % la moyenne).

La biodiversité est mise à mal, les espèces de poisson locales sont en déclin ; les ressources halieutiques n’ont jamais été aussi basses.

Pour pallier cette situation dramatique, des mesures draconiennes d’économie ont été instaurées. Ainsi, le Gouverneur Jerry Brown a fixé comme objectif de réduire la consommation d’eau de 25 % dans les villes ; les autorités publiques surveillent avec vigilance les consommations d’eau des usagers et infligent des amendes aux gaspilleurs ; les stars d’Hollywood, peu diligentes, sont montrées du doigt.

Le secteur de l’agriculture compte pour environ 80 % de l’eau consommée, mais il n’est encore que faiblement concerné par ces mesures d’économie. Il faut, à ce propos, savoir que la Californie représente 60 % de la production américaine de fruits et 51 % de la production de légumes ; l’agriculture est donc une composante majeure de l’économie locale. Néanmoins, de nombreuses exploitations vont devoir rapidement abandonner les pratiques traditionnelles d’irrigation par immersion, très consommatrices, et installer des systèmes d’irrigation au goutte à goutte. Il en va de leur survie à court et moyen terme.

De la même façon, sur un plan plus général, des travaux d’importance vont devoir être entrepris pour, par exemple, canaliser l’eau vers des réservoirs spécifiques lors de fortes intempéries, réinjecter les eaux usées une fois traitées dans les nappes phréatiques, accroître les capacités de dessalement de l’eau de mer, augmenter la profondeur des forages dans les nappes phréatiques ou encore utiliser l’eau saumâtre dans l’agriculture. Ces actions devraient profiter à des sociétés comme Toro, Xylem, Pentair ou Arcadis.

Les manifestations climatiques sont éminemment complexes et relèvent de facteurs multiples. Néanmoins, le rapport du « Plan d’Action de l’Eau de l’État de Californie » cite le réchauffement climatique comme la cause première de cette sécheresse hors du commun. Le réchauffement climatique est devenu une réalité concrète. Il va donc de soi que, au-delà des mesures d’adaptation immédiate qui sont et seront retenues au niveau local de la Californie, d’autres de bien plus grande ampleur devront être prises à l’échelle de la planète pour que  la hausse des températures atmosphériques soit limitée à un niveau acceptable. Selon d’éminents climatologues, ce niveau acceptable serait de 2°C ; au-delà, les conséquences du changement climatique sont difficiles à prévoir, pour la Californie comme pour le reste de la planète.

Alexandre Jeanblanc

Investment Specialist, SRI

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