Coup de froid sur les ventes au détail

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Ô rage ! Ô désespoir ! Ô novembre ennemi ! Cette période de l’année où il faut ressortir ses vêtements d’hiver, où mes équipes de sport favorites ont déjà perdu toute chance de participer aux play-offs, où les entreprises affichent d’excellents résultats au 3e trimestre… Pourtant, ce mois de novembre n’est pas comme les autres. Le climat est particulièrement doux, laissant chapeaux, manteaux et écharpes en tous genres encombrer les armoires. Mes équipes de sport favorites sont en tête de leur classement. Et, ce vendredi 13 novembre, 461 entreprises ont publié des résultats trimestriels, mais cette fois dans le rouge.

En effet, les résultats d’entreprises au 3e trimestre s’inscrivent en baisse de 4,5 % selon Bloomberg, principalement pour les raisons suivantes : l’énergie et les matériaux de base perdent des plumes et la fermeté du dollar pèse sur les bénéfices à l’étranger. Le marché avait déjà senti ces vents contraires se lever avant le début de la saison des résultats, mais nous avons aussi appris que les entreprises manient l’art d’orienter les analystes. C’est aussi à cette période que nous pouvons nous forger une meilleure idée de ce que les prochains trimestres nous réservent. Malheureusement, l’avenir ne s’annonce pas rose. Dans Graphique 1 (voir ci-dessous), les analystes prévoient une baisse des bénéfices par action pour les deux trimestres à venir et il faudrait attendre le deuxième trimestre 2016 avant de voir émerger les bourgeons d’une nouvelle croissance. Cette « hibernation de la croissance » s’explique en partie de nouveau par la mauvaise santé des secteurs de l’énergie et des matériaux de base, mais aussi par le passage à vide des détaillants.

Graphique 1 : Bénéfice par action (BPA) trimestriel bottom-up Chiffres réels et estimations

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Sources : FactSet Earnings Insight, 13 novembre 2015 ; Bloomberg

Cette semaine, une nouvelle vague de chiffres de ventes au détail a déferlé, entre résultats d’entreprises et données mensuelles consolidées des ventes au détail du Bureau de recensement du Département américain du commerce. Verdict : Macy’s, un des plus grands détaillants aux États-Unis, qui représente presque 10 % des ventes de soft goods (vêtements, textile, chaussures et accessoires non rigides, donc hors automobiles, matériaux de construction et carburant), a publié des revenus mensuels agrégés largement inférieurs aux attentes. Le climat anormalement clément pour la saison explique en partie ce bilan décevant, les clients repoussant leurs achats d’hiver. Cette explication est d’autant plus plausible que d’autres grandes chaînes ont avancé des arguments similaires. Pourtant, ce qui m’a surtout frappé est un commentaire du PDG de Macy’s, Terry Lundgren. Lors de la téléconférence consacrée aux résultats trimestriels, ce dernier ― dont la dernière participation remonte au 4e trimestre 2009― a tenu les propos suivants :

« Nous pensons que le secteur du détail traverse actuellement une période difficile, telle que nous semblons en rencontrer tous les cinq à sept ans environ. C’est pourquoi cette situation nous semble déjà connue. » Terry Lundgren

Certains pourraient qualifier ces « périodes » de récession mais, selon moi, ce n’est pas le cas. Au contraire, pour utiliser une expression de jeunes, les données économiques et les résultats des entreprises sont dans l’ensemble plutôt « bof », c’est-à-dire ni bonnes, ni mauvaises.

Home Depot, le géant de la distribution de biens discrétionnaires, divulguera ses chiffres dans les prochains jours. On en saura alors un peu plus sur l’état de santé de la consommation américaine.

Certes, les ventes au détail publiées par le Bureau de recensement américain cette semaine continuent de signaler une croissance en glissement annuel, mais celle-ci reste en deçà des moyennes historiques.

Graphique 2 (voir ci-dessous) montre l’évolution des principales ventes au détail, communément regroupées sous le vocable « Retail Sales Control Group ». Pendant la majeure partie de l’année, la croissance en rythme annuel fluctue autour des 2 % ― un taux qui n’impressionnera personne. Pourtant, en creusant plus loin, on peut trouver quelques signes positifs. Par exemple, les consommateurs ont acheté des produits coûteux, comme des automobiles, des meubles et des matériaux de construction, ce qui traduit un regain de confiance. Une autre tendance à souligner est la croissance régulière des achats en ligne, alors que les points de vente physiques connaissent un nouveau déclin. En effet, les ventes sur internet représentent actuellement près de 9 % du total des ventes au détail.

Graphique 2 : Ventes au détail en glissement annuel hors alimentation, concessionnaires auto, matériaux de construction et stations-services

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Sources : FactSet Earnings Insight, 13 novembre 2015 ; Bloomberg

En regardant les prévisions météo à plus long terme, le temps va se refroidir. Bref, si je ne retrouve pas mes habits d’hiver, que j’ai soigneusement rangés, je vais devoir aller chez Macy’s ― ou peut-être en commander sur internet depuis mon fauteuil bien douillet, tout en regardant mes équipes de sport favorites à la télé.

Dan Singleman

Senior Portfolio Manager, Sector Rotation, FFTW

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