Devises liées aux matières premières : rebond temporaire ou durable ?

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Depuis le début de l’année, les devises liées aux matières premières telles que les dollars australien, néo-zélandais et canadien, le ringgit malaisien, le réal brésilien et le peso chilien, se sont nettement redressées face au dollar américain. Leur appréciation récente face au billet vert leur a permis de récupérer une partie du terrain cédé au cours des quatre à cinq dernières années. Ce rebond est-il passager ou marque-t-il l’amorce d’une reprise durable ?

Pour répondre à cette question, il convient de se pencher sur les principaux déterminants de ces devises, à savoir les politiques monétaires relatives, les effets des variations des termes de l’échange via les prix des matières premières et les incidences des fluctuations de change (taux de change réels). Au cours des trois dernières années, les cours des matières premières ont nettement corrigé car l’accroissement de l’offre a coïncidé avec le ralentissement et le plan de restructuration de l’économie chinoise (cf. graphique 1 ci-après).

Graphique 1: au cours des trois dernières années, les cours des matières premières ont subi une correction importante (le graphique montre l’évolution des principaux secteurs des matières premières sur la base d’une indexation à zéro au mois de mai 2011)

commodity spot prices

Source : BNP Paribas Investment Partners

Cette forte correction des prix des matières premières a conduit à l’adoption de politiques monétaires relativement plus accommodantes dans des pays allant de l’Australie au Chili, les autorités réagissant aux répercussions potentielles de ce facteur sur leurs économies respectives. Des pays comme le Brésil ont été confrontés au double problème d’une demande intérieure excessive et d’une très mauvaise affectation des ressources, qui a abouti à une forme de stagflation. Le réal brésilien était nettement surévalué et le resserrement agressif de la politique monétaire de la banque centrale du Brésil a accompagné une nette dépréciation du réal jusqu’à cette année. Avec la correction des prix des matières premières au cours des trois dernières années, la détérioration des taux de change réels des devises liées aux matières premières a conduit à une importante dépréciation de leurs taux de change nominaux, ce qui a contribué à corriger la surévaluation de leurs taux de change réels.

Dans une perspective à plus long terme, les taux de change réels des devises liées aux matières premières sont, dans la plupart des cas, revenus à leur valeur d’équilibre, et les termes de l’échange se sont ajustés au recul des cours des matières premières. Si le rebond des prix du pétrole depuis leur point bas de janvier est significatif, leur redressement depuis le début de l’année est moins spectaculaire. De la même manière, le rebond des cours des matières premières depuis le début de l’année est moins remarquable et, de ce fait, son rôle dans l’appréciation des devises liées aux matières premières n’est pas aussi prépondérant que le pensent certains commentateurs.

Nous estimons que le rebond des devises liées aux matières premières sur les marchés des changes depuis le début de l’année est essentiellement lié au changement de perspective du marché quant à la trajectoire attendue de la politique monétaire aux États-Unis. D’autant que la plupart des banques centrales dont la devise est liée aux matières premières maintiennent le statu quo ou continuent d’assouplir leur politique monétaire ; à titre d’exemple, la banque centrale d’Australie a abaissé son taux directeur début mai et il est de plus en plus probable que la Banque du Canada fasse de même au cours des prochains mois. En dépit de la décision du Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Federal Open Market Committee, FOMC) de relever les taux en décembre dernier, le scepticisme quant au rythme et à l’ampleur du resserrement monétaire futur reste d’actualité sur les marchés financiers. La référence du FOMC aux inquiétudes suscitées par le contexte économique international et la publication de statistiques américaines mitigées n’ont fait que renforcer le point de vue du marché.

Si le revirement des anticipations concernant le rythme du resserrement monétaire aux États-Unis est à l’origine de la hausse des devises liées aux matières premières depuis le début de l’année, la probabilité que le rebond de ces monnaies soit temporaire devient plus forte. Pour que les devises liées aux matières premières connaissent un redressement plus durable, il faudrait que les matières premières entrent dans un marché haussier prolongé, qui rendrait les termes de l’échange plus favorables et obligerait les banques centrales concernées à resserrer leur politique monétaire au fil de la reprise de leurs économies respectives. Notre scénario central continue d’intégrer au moins deux hausses des taux de la Fed cette année et une stabilisation des prix des matières premières autour de leurs niveaux actuels. Nous ne pensons pas que les matières premières entreront dans un marché haussier prolongé à ce stade et, dans ce contexte, nous nous attendons à ce que la plupart des devises liées aux matières premières restituent une partie de leurs gains récents quand le FOMC reprendra le resserrement monétaire plus tard dans l’année. En résumé, l’appréciation récente des devises liées aux matières premières devrait être passagère.

Colin Harte

Strategist and Senior Portfolio Manager

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