Fonds de pension : mieux comprendre le risque lié au ratio de financement (1e partie)

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Comprendre les facteurs qui améliorent ou détériorent le ratio de financement d’un fonds de pension est un élément fondamental de la prise de décisions stratégiques, y compris l’allocation aux facteurs de risque au sein du portefeuille d’investissement. Dans cette 1ére partie, nous soulignons l’importance du risque lié au ratio de financement en tant que paramètre susceptible d’apporter des informations précieuses. Dans la 2e partie, nous mettrons en évidence qu’une meilleure compréhension des facteurs de risque économiques peut aider le gérant de portefeuille à ajuster l’allocation en fonction des exigences.

Le risque lié au ratio de financement est le paramètre déterminant

Les travaux précédents dans ce domaine se sont concentrés sur le risque d’excédent, qui n’est selon nous pas une mesure du risque pertinente. Dans le cadre de la gestion du risque des fonds de pension à prestations définies, nous lui préférons le risque lié au ratio de financement, que nous estimons plus pertinent, et proposons une méthode pour le décomposer.

Le ratio de financement est un indicateur fondamental de la santé financière d’un fonds de pension et la gestion du risque est un catalyseur majeur. Dans un souci d’amélioration de la gestion du risque, le ratio a fortement varié depuis 2007. Les différences se situent au niveau des points de départ et de l’ampleur des impacts, mais la tendance est très claire. En un an, de fin 2007 à fin 2008, les ratios de financement ont dégringolé d’environ 20 % au Royaume-Uni et 30 % aux États-Unis et aux Pays-Bas. Ils ont été jusqu’à perdre en moyenne environ 35 % depuis 2007 et le surfinancement initial s’est transformé en un grave sous-financement. Ils sont depuis lors remontés, mais restaient, en 2014, largement inférieurs aux niveaux de fin 2007.

Schéma n°1:

FR evolution du ratio de financement d'un fonds

Source : compilation de BNP Paribas IP sur la base de données d’UBS Asset Management, Insurancenewsnet.com, Pension Protection Fund et Aon Hewitt (pour les détails sur les sources de ces données, veuillez consulter le tableau 1 de notre récent article)

En réaction, de nombreux promoteurs de régimes de retraite choisissent de clôturer leurs plans à prestations définies traditionnels, et la détérioration des ratios de financement n’est pas seule en cause. Le renforcement des réglementations, l’assombrissement du climat des affaires et l’affaiblissement de la santé financière font partie des autres motifs cités. Le risque bien réel du financement insuffisant de tels plans et, par conséquent, le risque que les promoteurs soient contraints de compenser le sous-financement, les incitent à revoir la nature de leur offre en matière de retraite. Les programmes à contributions définies (DC) et/ou hybrides DB/DC (à contributions et prestations définies) sont dès lors de plus en plus intéressants, car ils impliquent un transfert effectif des décisions d’investissement et donc du risque de l’employeur aux employés et retraités. Selon nous, une meilleure gestion du risque aurait aussi pu soutenir les régimes de retraite. Nous souhaitons dans ce contexte souligner l’importance des approches d’investissement adossé au passif dans la gestion des fonds de pension compte tenu de leur efficacité à gérer le risque.

Nous sommes convaincus que les fonds de pension peuvent réaliser d’énormes progrès dans ce domaine, comme l’a aussi révélé une enquête récente auprès des entreprises promotrices et des fonds de pension, européens pour la plupart, menée par l’EDHEC-Risk Institute. Elle a notamment révélé que même si les participants connaissaient généralement le concept LDI, le taux d’adoption était assez limité.

Concrètement, bon nombre de fonds de pension se préoccupent davantage de la performance que de la gestion du risque. Par exemple, plusieurs participants n’avaient pas encore intégré les exigences de financement minimum réglementaires dans leurs stratégies pour préserver le ratio de financement en imposant un plancher.

Notre nouvel article a précisément pour objectif de contribuer à une meilleure gestion du risque dans ce domaine.

Les avantages d’une décomposition du risque lié au ratio de financement

Nous avons deux principaux objectifs.

1) Démontrer aux promoteurs des plans DB les avantages de mesurer le risque lié au ratio de financement plutôt que le risque d’excédent. Ce dernier ne permet pas d’évaluer de façon complète la santé du fonds de pension et peut parfois être trompeur. En réalité, une augmentation de l’excédent peut s’accompagner d’une baisse du ratio de financement, qui entraîne sans aucun doute une détérioration de l’état de santé du fonds de pension. Il est dès lors logique que les régulateurs se concentrent sur le ratio de financement et non sur l’excédent.

2) Proposer une structure de décomposition du risque lié au ratio de financement sur la base d’un modèle factoriel linéaire standard que nous avons élaboré sur mesure.

Deux raisons expliquent selon nous la nécessité de disposer d’un modèle factoriel sur mesure :

1) La personnalisation est indispensable dans la mesure où les investissements en fonds de pension dépendent du passif.

2) Les fonds de pension investissent dans de nombreuses classes d’actifs, dont dépend le choix des facteurs à inclure. Plus particulièrement, opter pour des facteurs macroéconomiques au lieu de multiples facteurs de style spécifiques à une classe d’actifs pourrait suffire à englober l’essentiel des expositions au risque.

Dans une étude de cas, nous avons décomposé le risque lié au ratio de financement d’un fonds de pension à prestations définies existant en risques macroéconomiques, comme le risque de taux réel, le risque d’inflation et deux risques de croissance économique, à savoir le risque crédit et le risque boursier. Nous avons intégré un facteur de risque pour mesurer précisément l’impact du risque lié à la couverture incomplète de la sensibilité du passif aux variations de taux d’intérêt.

L’étude s’est appuyée sur des simulations prévisionnelles plutôt que sur une régression historique. Nous sommes convaincus que ces informations sont plus pertinentes et utiles pour les fonds de pension à prestations définies et que notre méthode de décomposition peut offrir de précieux renseignements sur les principales expositions au risque du portefeuille.

Pour plus de détails sur cette méthode, nous vous invitons à lire la 2e partie FONDS DE PENSION : MIEUX COMPRENDRE LE RISQUE LIÉ AU RATIO DE FINANCEMENT

Erik Kroon

Research Manager Financial Engineering

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