Le retour de la croissance ? Tout dépend de ce que l’on entend par là.

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Les investisseurs ont commencé l’année 2016 sur la défensive. Les inquiétudes entourant la solidité de l’économie mondiale ont contribué à un nouveau recul du prix des actifs risqués. Il y a toutefois eu une inflexion brutale des prix mi-février, en partie attribuable à une réévaluation des perspectives de croissance. Dans cet article, nous expliquerons pourquoi la confiance dans les perspectives de la croissance mondiale est peut-être de retour et si cette inflexion du sentiment est justifiée.

Pour confirmer l’hypothèse que le regain de confiance dans les perspectives de croissance favorise le redressement des prix des actifs, il suffit de se pencher sur les révisions des prévisions macroéconomiques. Au premier abord, elles ne semblent pas prometteuses. Le Fonds monétaire international a revu à la baisse ses prévisions de croissance en 2016 entre ses publications de janvier et d’avril. Quant aux prévisions du consensus, les perspectives de croissance en 2016 ont été abaissées pour plusieurs pays : les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni, entre autres.

On peut aussi chercher des signes d’amélioration des perspectives de croissance dans les données réelles de l’activité. Mais la situation est contrastée. L’indicateur instantané de haut niveau publié par la Réserve fédérale d’Atlanta dépeint une activité morose aux États-Unis au premier trimestre. En revanche, les données effectives de l’activité des secteurs de la production et des dépenses des ménages font état d’une croissance relativement soutenue dans la zone euro sur la même période. En Asie, les enquêtes menées auprès des entreprises et les statistiques des exportations ont aussi été globalement positives, signe que le rythme du repli semble au moins avoir ralenti, même si les dernières actualités du Japon ne sont clairement pas positives.

Pour résumer, à la lumière des révisions des statistiques macroéconomiques ou de l’évolution des données de haute fréquence, il est difficile de détecter des signes probants d’une inflexion marquée des perspectives macroéconomiques. Nous pensons toutefois qu’il ne faut pas rechercher ces signes dans l’évolution du sentiment des investisseurs, et ce pour deux raisons.

Tout d’abord, nous devons décrypter les résultats à l’aide des bons indicateurs. Selon nous, les investisseurs étaient déjà plus pessimistes que les autorités en ce début d’année et cet écart s’est creusé en janvier et en février. Le fait que les économistes aient revu à la baisse leurs perspectives de croissance ces derniers mois est donc peu parlant et témoigne seulement de leur volonté de se mettre au même niveau que les acteurs de marché concernant les perspectives macroéconomiques. De même, il est très probable qu’une simple stabilisation des données aurait pu entraîner une réévaluation des perspectives si les investisseurs anticipaient une nouvelle dégradation de l’activité.

Ensuite, il faut cesser de se focaliser sur les points de prévision. Selon nous, le débat ne porte pas principalement sur la sensibilité des prix des actifs à de modestes révisions des prévisions centrales pour la croissance mondiale au cours de l’année à venir. En revanche, nous pensons que c’est l’évolution perçue de l’équilibre des risques entourant cette prévision tendancielle qui a favorisé le redressement des actifs risqués. En d’autres termes, les investisseurs n’ont pas soudainement commencé à anticiper une accélération de l’activité dans les prochains mois, mais ils estiment le risque d’une récession mondiale moins probable qu’il y a deux mois.

L’une des raisons pour lesquelles les investisseurs pourraient moins se préoccuper des risques baissiers est leur regain de confiance dans le pouvoir des banques centrales. Si les investisseurs ont récemment craint que les banques centrales soient dans une impasse avec les taux d’intérêt négatifs et les programmes d’achat d’actifs à grande échelle, ainsi que leur manque de moyens supplémentaires pour redynamiser l’économie, alors ils devraient aussi s’inquiéter de plus en plus du risque de répercussions macroéconomiques très défavorables à l’avenir. Même l’économiste le plus optimiste doit admettre que l’économie serait plus fragile dans ces conditions, car il n’y aurait pas de réponse monétaire (et probablement pas budgétaire non plus) efficace en cas de choc négatif. Toutefois, après les réunions du Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale (FOMC) et du Conseil des Gouverneurs de la Banque centrale européenne, les investisseurs semblent un peu plus convaincus de la volonté et de la capacité des banques centrales à soutenir l’économie, ce qui devrait avoir réduit la perception du risque baissier pesant sur l’activité.

Un autre facteur ayant influencé les investisseurs est la trajectoire de l’économie chinoise. Les investisseurs sont clairement de plus en plus préoccupés par l’ampleur des déséquilibres financiers en Chine et la capacité des autorités à gérer l’économie. Comme nous l’avons noté début mars, ces inquiétudes semblent être dissociées de la réalité, les investisseurs estimant fort probable l’imminence d’un atterrissage forcé de l’économie chinoise et/ou la dépréciation marquée du renminbi, deux événements qui auraient d’importantes répercussions sur l’économie mondiale. Ces craintes ont depuis diminué grâce aux commentaires des dirigeants chinois qui s’engagent à soutenir l’économie, à des signes que l’impact positif des mesures de relance se reflète déjà dans les statistiques et au ralentissement de la baisse des réserves de change chinoises. En effet, l’un des signes évidents de l’évolution du sentiment à l’égard de la Chine est que les investisseurs s’inquiètent à nouveau des répercussions d’une croissance excessive sur la stabilité financière, plutôt que d’une croissance insuffisante.

Le dernier facteur qui a probablement entraîné une inflexion de la perception de l’équilibre des risques entourant la croissance mondiale est le redressement des prix des matières premières. Les économistes envisagent habituellement cette problématique dans l’autre sens, les prix des matières premières étant dictés par l’actualité liée à la croissance mondiale et la hausse des prix des matières premières transférant le pouvoir d’achat mondial aux pays qui consomment généralement moins (du moins pour le pétrole). Toutefois, la chute des prix des matières premières a fait craindre d’éventuelles pertes massives pour les investissements historiques du secteur des matières premières, surtout (mais pas exclusivement) dans des poches des marchés émergents, ce qui aurait pu entraîner une crise financière perturbant fortement l’économie mondiale. Le récent redressement des prix des matières premières a permis de dissiper ces inquiétudes et fait baisser la perception des risques baissiers pesant sur la croissance mondiale.

Où nous amène donc ce processus de réflexion ? Nous ne sommes pas convaincus que les investisseurs aient fortement relevé leurs prévisions tendancielles (ou scénario central) de croissance, mais nous avons identifié plusieurs raisons pour lesquelles ils pourraient avoir abaissé leurs anticipations portant sur des conséquences macroéconomiques potentiellement très négatives et ainsi relevé leurs prévisions moyennes de croissance. Stricto sensu, la confiance dans les perspectives de croissance a fait son retour. Cette inflexion de l’équilibre des risques devrait avoir favorisé le rebond des actifs risqués, ainsi qu’un taux d’actualisation très bas (voir Something has got to give?). Toutefois, rien ne garantit que cette évolution du sentiment va durer. Le sentiment d’un faux-pas d’une banque centrale, de mauvaises nouvelles concernant l’activité en Chine ou le recul des prix des matières premières pourraient entraîner un nouvel examen de conscience sur les risques d’une récession mondiale et conduire à de nouvelles ventes massives d’actifs risqués.

Richard Barwell

Senior Economist

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