Tout n’est pas « vert » dans le football

Post with image

Dire d’un sport qui se pratique sur le gazon qu’il n’est pas « vert » peut sembler une ineptie. Pourtant en y regardant de plus près, sous l’angle social, environnemental et de la gouvernance (ESG), le football n’incarne pas la « vertitude » que l’on peut attendre d’une activité en plein air. Oui, c’est un sport social. Oui, le ballon rond rassemble beaucoup de gens au grand air, stimule l’activité physique de masse de par sa popularité et contraint les nombreux afficionados à gérer leur stress. Mais qu’en est-il des clubs de football, en particulier des plus grands avec une franchise et une base de supporters importante à l’échelle mondiale ? Sont-ils des modèles de durabilité et de transparence pour leur communauté ?

Une affaire de gros sous

Aujourd’hui, le football, c’est du business, un business même très rentable. En 2012/13, les recettes cumulées des cinq grands championnats européens s’élevaient à presque 10 milliards d’euros, soit plus de la moitié de la taille du marché du football européen, qui pèse 19,9 milliards d’euros (source : Deloitte annual review of football finance 2014). D’ailleurs, de nombreux clubs sont cotés en Bourse. L’indice STOXX Europe Football compte 23 clubs cotés, ce qui illustre la largeur et la profondeur du secteur, et comprend des équipes renommées comme AFC Ajax, AS Roma, Celtic et Galatasaray.

Naturellement, les dépenses, les nouveaux contrats, les sponsors, le nombre de supporters et les résultats hebdomadaires sont suivis avec beaucoup d’attention. En effet, tous ces facteurs ont une incidence sur le cours de l’action. Par ailleurs, beaucoup de clubs jouent un rôle central dans leur communauté. Ils exercent un impact économique considérable par la construction et l’entretien des stades et d’autres infrastructures connexes et par les nombreux emplois qu’ils créent (joueurs, agents d’entretien du terrain, agents de sécurité,…). Sans oublier les emplois indirects comme les vendeurs de hot-dogs ou d’équipements de supporters. Il y a aussi les aspects non financiers. Au plan social, de nombreux clubs suivent des programmes axés sur la diversité et la jeunesse et organisent des activités pour la communauté.

Gagner sur tous les terrains, au stade comme en Bourse

Pour les investisseurs, l’accent mis sur les comportements socialement responsables vaut son pesant d’or. En effet, selon nous, cette approche améliore la valeur actionnariale. Mettre en œuvre les meilleures pratiques sociales, environnementales et de gouvernance – regroupées sous le label ESG – permet d’accroître la performance de l’entreprise sur le terrain comme en Bourse.

Les clubs affichant les plus grosses recettes comme Juventus, Paris Saint-Germain, Bayern Munich et Borussia Dortmund, accordent-ils une place à l’ESG dans leurs activités ? Prenons le championnat brassant les plus gros montants en Europe, celui d’Angleterre : peut-on le qualifier de socialement responsable ?

 La Juve crée l’ouverture

Oui, certains clubs défendent les principes de responsabilité sociale. Cependant, il s’agit essentiellement de soutenir les associations caritatives et les projets communautaires. Ce sont certes des efforts socialement louables, mais en rien comparables avec les rapports détaillés et transparents que de nombreuses sociétés cotées doivent publier sur leur site web à l’intention des investisseurs. Pourtant, les mentalités commencent à évoluer. À la pointe de ce changement, la Juventus de Turin a rédigé un rapport de 100 pages sur la durabilité de ses activités. Il s’agit sans aucun doute d’une percée majeure dans l’histoire de la gestion du football.

L’innovation vient donc de la « Vieille Dame ». Outre la promotion de nombreuses ‘initiatives caritatives, la Juventus a établi un code éthique et s’efforce de sensibiliser joueurs et supporters sur des thèmes clés comme le racisme et la discrimination. De même, le club a adopté un budget pérenne préparé conformément aux directives internationalement reconnues du Global Reporting Initiative (GRI) applicables aux budgets durables dans différents secteurs. Le GRI a formellement approuvé le budget en octobre 2014.

La Juventus s’est engagée à utiliser des méthodes claires et transparentes axées sur le dialogue pour répondre aux questions les plus sensibles pour le club et ses parties concernées. Dans son rapport,intitulé Report one – Towards sustainability in football, la Juve dresse l’inventaire des enjeux majeurs comme la santé, la lutte contre le dopage, le racisme et la corruption, la sécurité des stades, le fair-play sur le terrain, la bonne gouvernance d’entreprise, le comportement respectueux et responsable des supporters et l’impact environnemental du stade, notamment la réduction des déchets. Il est expliqué comment les priorités ont été fixées en impliquant les acteurs clés.

Encore une belle marge de progression

Cette initiative est louable, voire un exemple à suivre pour certains. Si les entreprises peuvent beaucoup apprendre du football – notamment la capacité à attirer et à gérer les talents, à composer une équipe efficace, à impliquer les supporters et d’autres parties prenantes, à exploiter le merchandising –, l’inverse est aussi vrai. Les clubs de football peuvent sensiblement améliorer leur « vertitude », en particulier pour attirer la communauté croissante des investisseurs convaincus par la plus-value potentielle d’investissements liés à des spectacles respectant les critères ESG. Donc, oui, tout n’est pas vert dans le football, mais au moins les jeunes pousses commencent à apparaître aussi bien sur le terrain qu’en dehors, ce qui est un signe positif de changement.

Image: Paolo Bona / Shutterstock.com

Nieck Ammerlaan

Senior web content editor & investment content writer

Laisser un commentaire

Your email adress will not be published. Required fields are marked*